Appendix
Appendix
Codex of Elix
Codex d'Elix
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Note du Copiste : Ce manuscrit ancien, maintes fois recopié par les moines de Lysanë, rassemble les savoirs et légendes du monde d’Elix. Il se présente tel un vieux codex aux pages parcheminées, mêlant l’érudition historique aux récits mythiques transmis par les bardes. L’écriture en est parfois solennelle, empreinte de la patine du temps.
Frise Chronologique des Âges d’Elix
Âge des Origines (temps mythiques, avant l’An Zéro)
Au commencement règne le Vide primordial, un silence éternel où sommeille une conscience infinie. Lassée de son isolement dans le néant, cette conscience engendre une étincelle de création : une essence vitale pure, appelée plus tard Premier Élixir. De cette source fluide naissent les éléments et les couleurs. La matière s’organise, l’air et l’eau s’éveillent, la terre pousse son premier soupir. Les premières forêts chantent, les rivières tracent leur lit, et cinq terres émergeant du chaos se parent chacune d’une essence primordiale.
Les Anciens récits racontent alors l’éclosion des contrées originelles :
« On dit qu’au commencement, la lumière choisit un écrin pour fleurir. Ainsi naquit Solhyën, la vallée radieuse... Au-dessus, les Hyëra, colosses enracinés, tutoient les nuages et gardent dans leurs troncs creux la mémoire des siècles passés. Mais là où Solhyën s’ouvre au ciel, Noctalis s’enferme dans ses ombres... Puis vient Glasmir, royaume liquide où l’eau reflète l’âme... Ferrant, lui, s’enflamme comme une forge à ciel ouvert... Et plus loin, au-delà des flammes, Lysanë s’étend comme une vallée éternelle, douce et claire... » - Chronique de l’Émergence
Chaque contrée ainsi formée est confiée à de frêles créatures mortelles qui apparaissent peu à peu : les premiers habitants d’Elix. Ceux-ci vivent d’abord dispersés, ébahis par les dons de la nature.
Aucun calendrier n’existe encore en ces temps mythiques, où l’on dit que les hommes communiquent avec les grands arbres et les esprits des rivières. Des figures légendaires, tantôt décrites comme des dieux mineurs, tantôt comme de simples mortels éclairés, parcourent alors le jeune monde pour guider les premiers peuples. On évoque par exemple Naëli, la Marcheuse d’Aurore, qui aurait allumé la première flamme de Ferrant, ou encore Syldir le pêcheur onirique, à qui l’on attribue la création des cités flottantes de Glasmir. Ces récits se confondent avec les mythes et n’ont pas de date précise, mais précèdent l’avènement d’un temps mesurable.
L’An Zéro - « L’Émergence » :
Les sages d’Elix situent le début du Premier Âge à l’issue de l’époque chaotique des Origines. L’An 0 correspond à l’Émergence du Premier Élixir dans le monde tangible - moment symbolique où les essences des cinq contrées sont pour la première fois révélées aux mortels. On raconte qu’en ce temps, cinq fioles cristallines furent façonnées à partir du fluide originel lui-même, puis confiées aux plus dignes représentants de chaque terre. Ces cinq élus devinrent les premiers Alchimistes, ouvrant l’ère de l’alchimie sacrée. C’est également autour de l’An Zéro qu’apparaissent les premières traces écrites dans les Hyëra (les arbres-géants de Solhyën), marquant le début de l’histoire consignable.
Le Premier Âge
Vers 1-100 : Les Jours Anciens de l’Équilibre.
Les premières communautés prospèrent à l’ombre bienveillante des essences. Durant le Ier siècle, la connaissance des élixirs se répand doucement : chaque contrée apprend à utiliser son don pour survivre et embellir la vie. Les Solhynéens apprivoisent la terre fertile, les Lysanëens développent les premiers soins miraculeux, les forgerons de Ferrant découvrent des alliages métalliques en chantant aux flammes. On date de l’An ~50 la fondation du village de Liorën en Solhyën, au pied d’un Hyëra, événement souvent cité comme le premier établissement humain organisé. Les traditions orales situent également à cette période le Premier Rite de la Transmission : c’est à Solhyën, dit-on, qu’un ancien sage aurait remis à un jeune fermier une petite fiole verte remplie d’une goutte d’essence, inaugurant ainsi le rituel par lequel chaque génération reçoit le pouvoir de sa contrée.
Vers 200 : Prospérité et Premiers Doutes.
Pendant les IIèmes et IIIèmes siècles, Elix connaît une ère florissante appelée plus tard âge d’or de l’Alchimie. Les cinq contrées commercent ouvertement : on échange des remèdes, des outils, on partage les chants et les fêtes. Des caravanes osent traverser la brume de Noctalis ou les hauts plateaux de Ferrant pour tisser des alliances. Aucune guerre majeure n’est rapportée à cette époque et les rares différends se règlent souvent par l’entremise des harmonistes itinérants (des bardes-alchimistes qui parcourent les royaumes en apaisant les querelles). Pourtant, certains écrits de Ferrant mentionnent déjà des doutes et convoitises naissant dans le cœur des plus ambitieux : l’idée dangereuse d’unifier toutes les essences en un seul pouvoir absolu germe dans l’ombre des forges. Des légendes fragmentaires parlent d’un alchimiste ferrantin du nom d’Orzammar qui, vers l’An 230, aurait tenté de mélanger des élixirs de différentes contrées pour créer une flamme immortelle. Les textes divergent sur son sort. Certains prétendent qu’il trouva la mort en manipulant ces forces contraires, d’autres qu’il fut exilé et finit dévoré par les brumes de Noctalis, mais tous s’accordent à dire que son imprudence annonçait un péril futur.
An 300 : La Fracture d’Ordrën.
Au IVème siècle, l’insouciance des débuts prend fin brusquement avec un événement cataclysmique connu sous le nom de Fracture. En l’an 312 (date approximative reconstituée d’après divers calendriers), une explosion d’origine alchimique ébranle Elix et transforme à jamais une portion autrefois fertile du monde en une terre désolée. Cette région dévastée portera désormais le nom d’Ordrën, “l’étendue brisée où rien ne pousse”. Les érudits débattent encore des causes de la Fracture :
Version ferrantine : Selon les chroniques de Ferrant, un roi-forgeron nommé Dürak aurait mené une expérience interdite dans les Montagnes Rouges, combinant la flamme de Ferrant et les reflets de Glasmir pour forger une arme invincible. L’expérience aurait mal tourné, provoquant une onde de choc colossale qui ravagea ses terres et les réduisit en cendres. Dürak et son peuple disparurent en une nuit, et là où s’élevaient jadis leurs citadelles ne restèrent que roche stérile et cendre froide, la première incarnation d’Ordrën.
Version lysanéenne : Un conte de Lysanë parle plutôt de la Colère du Néant : la terre d’Ordrën aurait été maudite par un esprit du Vide libéré accidentellement. Une jeune alchimiste, Iréa, aurait tenté de soigner une faille dans le sol d’où s’échappait une brume noire. En versant son élixir dans la plaie de la terre, elle libéra malgré elle une force plus vieille que le monde. La Nuit d’Ordrën dura sept jours : le ciel devint noir, la vie s’étiola et la contrée toute entière fut engloutie par une ombre affamée. Iréa périt en contenant tant bien que mal ce mal, et son sacrifice laissa un désert à jamais silencieux.
Version noctalienne : Préservée dans les murmures des Noctalins, une autre légende évoque un déséquilibre cosmique : Ordrën serait le reflet d’une faille dans l’âme du monde. Aucune faute humaine directe n’en serait la cause ; ce serait plutôt le prix à payer pour les miracles de l’alchimie. « Lorsque la lumière des cinq essences fut trop brillante, elle projeta une ombre sans pareil : Ordrën », affirment ces voix mystérieuses. Cette version, plus ésotérique, laisse entendre qu’Ordrën pourrait un jour se résorber si l’équilibre originel est rétabli.
Quoi qu’il en soit, la Fracture de 312 change profondément le cours de l’histoire. Les survivants des villages frontaliers parlent d’un souffle brûlant suivi d’un silence de tombe. La peur s’insinue dans le cœur des peuples autrefois confiants. Durant les décennies qui suivent, on observe un repli : les contrées ferment en partie leurs frontières par prudence, et chacun s’efforce de protéger sa propre essence face au spectre d’Ordrën. Des régions entières au pourtour de la terre maudite se vident de leur population, laissant place à des ruines que recouvre la cendre. Les plus courageux (ou fous) qui s’aventurent sur les terres brisées racontent que le vent lui-même y gémit comme une bête blessée et que des ombres sans corps rampent au crépuscule. C’est à cette époque que naît l’expression populaire « tomber dans l’Ordrën » pour signifier sombrer dans le désespoir.
An 350-400 : Lente Renaissance et Grand Concordat. Progressivement, les blessures du monde commencent à cicatriser, à défaut de pouvoir guérir Ordrën. Au V^e^ siècle, une nouvelle génération de leaders émerge dans chaque contrée, prônant l’entraide pour éviter qu’un tel désastre ne se reproduise. C’est ainsi qu’en 388 se tient le Grand Concordat d’Elix, parfois appelé Conclave des Cinq. Des émissaires de Solhyën, Noctalis, Glasmir, Ferrant et Lysanë se réunissent au pied d’un antique Hyëra frontalier pour sceller une alliance sacrée. Lors de ce concile, chacun verse symboliquement une goutte de son élixir dans une vasque commune, renouvelant la promesse d’équilibre. Cette cérémonie marque la création de l’Ordre des Harmonistes, un cercle d’alchimistes issus de chaque contrée, chargés de veiller collectivement sur Elix. Leurs noms sont peu connus du peuple. On mentionne simplement les Cinq Harmonistes Fondateurs, mais leur influence sera profonde. Ils établissent un réseau de communication entre les contrées, partagent les connaissances et instaurent des rencontres régulières tous les demi-siècles pour maintenir l’union.
An 450 : L’Âge des Harmonies.
Le milieu du Premier Âge est souvent considéré comme une période de relative paix et d’innovation. Forts du Concordat, les peuples osent à nouveau collaborer. Vers 450, sous l’égide des Harmonistes, de grandes œuvres voient le jour : on érige par exemple la Tour des Songes à Glasmir, un phare de verre qui projette des illusions bénéfiques pour guider les voyageurs égarés ; à Ferrant, la Forge Céleste est fondée ; une fonderie colossale consacrée uniquement à des créations offertes aux autres contrées (outils agricoles, instruments de musique, etc.) en gage d’amitié. Les archives Solhynéennes rapportent que des caravanes de fête partaient chaque année de Solhyën pour parcourir les quatre autres royaumes et célébrer l’amitié retrouvée. Dans la culture populaire, on situe souvent à cette période le conte du Banquet des Cinq, où chaque contrée aurait préparé un plat et une chanson pour un festin commun sous les étoiles, métaphore de la diversité unie.
Pourtant, l’équilibre reste fragile : Ordrën demeure un vide au cœur du monde, rappel omniprésent du passé. Les Harmonistes eux-mêmes, bien qu’animés des meilleures intentions, commencent à chercher un moyen de contrer le Néant qui ronge ces terres brisées. Au fil de leurs rencontres, l’idée germe qu’il existerait peut-être un Élixir Ultime, issu de la fusion contrôlée des cinq essences, qui pourrait soit purger Ordrën, soit du moins protéger définitivement le reste d’Elix de son influence. Cette idée est accueillie avec espoir par certains, et avec effroi par d’autres qui y voient le risque de répéter la Fracture. On garde le projet secret du grand public, mais dans l’ombre les recherches alchimiques s’intensifient dans les cercles des sages.
An 500-600 : Ombres Croissantes.
Dans le VIèmes siècle, quelques indices laissent penser que l’union des contrées commence à se fissurer. Il n’y a pas de guerre déclarée, mais des discordes discrètes apparaissent. Par exemple, un manuscrit de Noctalis de l’an 537 relate un incident où des forgerons de Ferrant auraient tenté de retenir des harmonistes noctaliens afin d’obtenir plus de secrets de leurs voiles illusoires ; un événement connu comme la Querelle des Brumes. De même, en 550, les guérisseurs de Lysanë auraient reproché aux mages de Glasmir d’user de leurs miroirs pour espionner les conseils d’alliance (cette accusation n’a jamais été prouvée, mais la méfiance s’installe). Ces tensions montrent que l’équilibre reste un idéal difficile à maintenir sur la durée. Néanmoins, aucune rupture franche ne survient et les échanges continuent, quoique plus prudents.
Pendant ce temps, un phénomène inquiétant est consigné par les sages de Solhyën : les Hyëra, arbres millénaires gardiens du savoir, commencent à montrer des signes de souffrance. Certains perdent leurs feuilles prématurément, d’autres voient leurs troncs se fissurer sans cause naturelle. On craint que l’ombre d’Ordrën ne gagne lentement du terrain souterrain ou spirituel. Les Harmonistes redoublent d’efforts pour contenir cette influence insidieuse. C’est peut-être vers 590 qu’un petit groupe d’entre eux, en secret, parvient à mettre au point une ébauche d’élixir combiné pour contrer le Néant, ce prototype sera appelé plus tard Elaríon, la “Symphonie d’Harmonie”. Il n’est testé qu’une fois, sur un recoin contaminé aux frontières d’Ordrën, et semble neutraliser la stérilité locale durant quelques jours. Encouragés, certains Harmonistes plaident pour affiner ce pouvoir, d’autres estiment qu’il est blasphématoire de mélanger les essences. L’Ordre commence à se diviser en deux visions : pragmatiques contre conservateurs.
An 600-700 : Prémices du Destin. Le VII^e^ siècle voit naître ceux qui joueront un rôle central dans les événements à venir. En l’an 678 naît Kael à Lysanë, du moins est-ce l’estimation fournie par les registres du temple de la contrée de la guérison. Kael grandit sous l’aile des prêtres-guérisseurs, brillant et avide de connaissances. Une autre naissance notable est rapportée en 682 à Ferrant : celle d’Orwyn Forgebras, futur maître-forgeron et ami épistolaire de Kael (on dispose de lettres où un Kael adolescent correspond avec Orwyn pour échanger des formules alchimiques feu-guérison). D’autres figures de cette génération incluent Arven de Noctalis, qui deviendra Gardien des Voiles.
Durant cette période, le Projet Elaríon, la fusion des essences, est mis en sommeil par manque de consensus. L’Ordre des Harmonistes existe toujours mais ne se réunit plus qu’en de rares occasions. Chacun retourne à ses études. Kael, quant à lui, révèle de grands talents : dans sa vingtaine (vers 700-710), il réussit des guérisons miraculeuses et découvre de nouveaux remèdes. On le surnomme le Sage de Lysanë dès ses 30 ans à peine. Lyrique et humaniste, il rêve secrètement d’éradiquer jusqu’à la notion même de maladie ou de souffrance. Lyriel, une jeune femme de Lysanë née vers 680, partage sa vie et son idéal : guérisseuse au sourire doux, elle est reconnue pour le don lumineux qui émane de ses paumes lorsqu’elle soigne. Ensemble, Kael et Lyriel forment un duo d’exception. Certains anciens murmurent qu’on n’a plus vu une telle harmonie depuis les Fondateurs.
Vers 720, Kael est intégré au Conseil des Sages de Lysanë. C’est à cette époque qu’il commence à fouiller les archives anciennes à la recherche de savoirs perdus. Il s’intéresse de près aux écrits parlant d’Ordrën et du Vide, un sujet que la plupart préfèrent éviter. Des correspondances laissent penser qu’il sollicite aussi Noctalis sur les secrets des ombres, et Ferrant sur les alchimies dangereuses. Lyriel s’inquiète de cette obsession qui couve, mais Kael la rassure : « Il faut comprendre le Néant pour mieux protéger la vie », lui dit-il.
An 745 : L’Enfant aux Deux Visages.
L’événement catalyseur de la fin du Premier Âge survient à la mi-VIII^e^ siècle. En l’an 745, au cœur de Solhyën, un vieil herboriste solitaire du nom de Maëron découvre un enfant abandonné dans un panier au fil d’une rivière. Le bébé a les yeux clairs et rieurs, et sa présence est accompagnée de phénomènes étranges : en un instant, la végétation autour de Maëron se flétrit comme frappée par une gelée noire, l’air s’alourdit d’un mal ancien. Une ombre rampante sans source apparaît, menaçant l’enfant et le vieil homme. Maëron doit invoquer son élixir de croissance (Lhyralya) pour repousser cette obscurité inexplicable. Ce fait divers, consigné dans le journal de Maëron, serait passé pour une simple anecdote locale si l’enfant en question n’avait pas porté en lui un mystère profond.
Maëron confie le nourrisson aux guérisseurs de Lysanë, espérant qu’ils perceront le secret de son aura singulière. Kael et Lyriel prennent en charge le bébé, le cœur empli d’empathie. Or, au fil de quelques nuits, Lyriel tombe gravement malade après avoir veillé sur le nouveau-né. Elle, l’infatigable guérisseuse, se met à dépérir sans remède possible : une toux sèche l’étreint, ses forces l’abandonnent, une étrange pâleur envahit son visage. Kael tente frénétiquement toutes les potions connues, consulte les sages, les prêtres, rien n’y fait. Désespéré, il fouille la bibliothèque sacrée et y découvre un parchemin ancien décrivant le Noxarys, un mal rare venu du Néant, transmis involontairement par un être à « l’aura double, lumière et obscurité mêlées ». Kael comprend avec horreur que l’enfant providentiel porte en lui autant de clarté que de ténèbres, et qu’il a involontairement contaminé Lyriel d’une essence obscure.
En dépit de tous les soins, Lyriel s’éteint doucement en l’an 746 (certaines sources indiquent fin 745, mais la plupart retiennent 746 comme date de son décès). La perte de sa bien-aimée brise Kael. « Ce jour-là, la haine naquit en lui, silencieuse, glacée, tenace », écrira plus tard un témoin de la scène où Kael, chassé par le chagrin et la colère, quitte le sanctuaire des sages en emportant le corps sans vie de Lyriel. Kael disparaît ensuite des chroniques pendant plusieurs années. On saura plus tard qu’il s’est exilé volontairement vers les terres abandonnées d’Ordrën, avec dans le cœur un mélange de désespoir, de rage et d’ambition dévorante.
An 747-749 : L’Ombre grandit sur Ordrën. Les trois années suivant la tragédie de Lysanë sont marquées par d’étranges rumeurs autour d’Ordrën. Des voyageurs affirment avoir vu au loin des brasiers s’allumer dans la nuit sur ces terres normalement mortes. Certains parlent de silhouettes armées errant aux frontières de Ferrant et de Glasmir. Au solstice 748, le ciel au-dessus d’Ordrën aurait rougeoyé pendant toute une nuit, comme si des forges démoniaques travaillaient sans relâche. Les conseils des contrées s’inquiètent et dépêchent des éclaireurs. Très peu reviennent, et ceux qui reviennent balbutient des récits incohérents de “créatures cendrées aux yeux noirs” rôdant dans les cendres. Personne n’imagine encore que ces êtres pourraient être d’anciens Lysanéens… Pourtant, c’est bien à cette période que Kael, consumé par son deuil, commence à mettre en œuvre son plan funeste : percer le secret du Premier Élixir, coûte que coûte, afin de « maîtriser la vie et la mort ». Pour ce faire, il bâtit son repaire au cœur d’Ordrën, exploitant la colère du Néant lui-même.
Les écrits retrouvés plus tard révèlent qu’en 748, Kael découvre ou crée un élixir maudit qu’il nomme Voidemir, l’“élixir du vide”. Alimenté par la haine et le néant, ce breuvage annihile toute vie ou émotion chez qui le consomme. Kael attire à lui d’anciens camarades de Lysanë en quête de vengeance ou égarés par le chagrin, ainsi que des bannis et ambitieux de toutes contrées, et les envoûte avec un autre sérum sombre, Anéphryl, qui étouffe l’empathie et attise la rage. Sous l’effet de ces poisons, il forge peu à peu une armée d’ombres vivantes. Ses soldats, qu’il appelle les Lyskaïrs, ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes : corps desséchés mais robustes, peau cendrée craquelée, yeux luisants d’un noir de poix, obéissants et implacables. Les premières escarmouches ont lieu fin 749 aux lisières de Glasmir et Ferrant : de petits villages frontaliers sont attaqués par surprise et incendiés, leurs puits empoisonnés. Le monde libre réalise trop tard que la paix chèrement maintenue vacille.
An 750 : La Bataille d’Asmat - Chute des Harmonistes.
L’an 750 marque un tournant décisif et sanglant. Kael sort de l’ombre et lance son offensive généralisée contre les contrées d’Elix. Son premier objectif est la cité d’Asmat, brillante métropole de Glasmir située non loin du fleuve frontière avec Ordrën. Au printemps 750, sous un ciel lourd de cendres, l’armée des Lyskaïrs, appuyée de créatures monstrueuses (dont d’immenses bêtes ailées nommées Corgors et des goules serviles appelées Mornels), déferle sur la plaine d’Asmat.
Les remparts translucides d’Asmat, chefs-d’œuvre d’alchimie de verre, tiennent bon un temps, tandis que les défenseurs glasmiriens opposent aux assauts une brume d’illusions. Mais Kael, perché sur un Corgor noir, invoque le pouvoir dévastateur de Voidemir : une vague de vide s’abat sur la cité, faisant bouillir le fleuve et flétrissant toute vie sur son passage. Acculés, les chefs des contrées unies décident d’un ultime acte désespéré. Sur les remparts d’Asmat se tiennent encore cinq alchimistes d’exception, les derniers Harmonistes vétérans de l’Ordre ancien. Comprenant que seule l’union absolue peut contrer le néant, ils forment un cercle et ingèrent ensemble un élixir interdit, fruit de la fusion des cinq essences, nommé Élaríon. Ce qu’on redoutait depuis des siècles, ils osent enfin le réaliser.
L’effet est immédiat et prodigieux : « La lumière rencontre l’eau, le feu s’accorde à la nuit, la guérison lie la matière… ». Une onde de radiance multicolore jaillit de leurs corps unis. La Symphonie d’Élaríon se répand sur le champ de bataille comme une aurore boréale terrassant les ténèbres. Les légendes content que pendant un instant, le ciel chanta et la terre trembla d’espoir. La horde de Kael est fauchée : aveuglés, pris de panique, les Lyskaïrs battent en retraite en hurlant. Nombre de créatures de Voidemir s’évaporent sous la puissance de l’illumination. Kael lui-même est frappé de plein fouet : il disparaît dans un cri muet, projeté au loin. Certains témoins jurent l’avoir vu s’enfuir vers Ordrën, gravement blessé, le visage consumé par la colère et la douleur. La Bataille d’Asmat prend fin sur la victoire inespérée des contrées libres.
Cette victoire a cependant un goût amer : les cinq Harmonistes, instruments du miracle, paient le prix de leur audace. Élaríon était un élixir à usage unique. Une fois invoqué, il consume la vie de ceux qui l’ont porté. Les cinq maîtres alchimistes s’écroulent, épuisés à mort par l’effort. Avec eux s’éteint la mémoire vivante de l’ancien monde : ces sages étaient les derniers à connaître tous les rites anciens et les secrets des archives. Leur sacrifice sauve Asmat et le monde d’Elix d’une destruction immédiate, mais il laisse les peuples orphelins d’une partie de leur savoir. L’Ordre des Harmonistes, gardien de l’unité, meurt sur les remparts ce jour-là.
Bilan de l’An 750 : Kael a été vaincu mais non tué. Son armée, lourdement frappée, reflue dans les terres d’Ordrën. Les contrées, dévastées par la guerre éclair, enterrent leurs morts et pleurent leurs héros. Une gloire tragique entoure désormais le souvenir d’Asmat. On appelle cette journée le Jour d’Élaríon, à la fois jour de délivrance et de deuil. Dans les tavernes de Solhyën comme dans les temples de Lysanë, on chante encore le geste des Cinq Harmonistes qui « offrirent la mémoire du monde pour l’avenir des vivants. »
(Ainsi s’achèvent les annales du Premier Âge d’Elix. Les sections suivantes du codex présentent les savoirs thématiques : description des contrées, bestiaire, artefacts, et récits qui ont traversé les âges.)
Contrées, Peuples et Cultures d’Elix
(Chaque contrée d’Elix est un royaume unique, avec sa géographie, son essence magique, son peuple et ses traditions. Les descriptions qui suivent mêlent observations ethnographiques et impressions poétiques issues de divers grimoires.)
Solhyën - La Vallée Radieuse
Contrée de la croissance, de la terre nourricière et de l’équilibre. Solhyën est décrite comme un vaste jardin ancien béni par les astres. Ses vallées verdoyantes ondulent de champs de blé doré, de lavandes mauves et de tournesols éclatants. De gracieux pommiers centenaires tendent leurs branches chargées de fruits au-dessus des clairières fleuries. Au centre de chaque village solhynéen s’élève un Hyëra, arbre géant millénaire dont le tronc creux abrite archives et salles de transmission orale. Ces arbres colossaux, symboles vivants de Solhyën, conservent dans leurs anneaux de bois la mémoire des siècles. On dit qu’à Solhyën « même les pierres fleurissent » : il n’est pas rare de voir de la mousse et des petites fleurs éclore dans les fentes des rochers, ou des graines germer dans le lit des ruisseaux. Le climat y est doux et stable, les saisons y glissent comme des vagues tranquilles, printemps florissant, été généreux, automne doré, hiver clément.
Le peuple solhynéen, ou Solhynéens, est à l’image de sa contrée. Ce sont des gens de taille moyenne, à la peau légèrement ambrée par le soleil et aux yeux verts ou dorés qui reflètent les champs. Leurs vêtements sont simples et fonctionnels, souvent tissés de lin et décorés de motifs végétaux. Cultivateurs, herboristes, vignerons, ils vivent en harmonie avec la terre. Chaque enfant apprend dès son plus jeune âge à reconnaître les pousses, parler aux arbres et écouter le sol, car la terre a une voix pour qui sait l’entendre. Travailler la terre est un honneur autant qu’une nécessité, et toujours accompagné de chants : on laboure en fredonnant de vieilles mélodies qui célèbrent humblement la joie de vivre en harmonie plutôt que les exploits guerriers. Les Solhynéens ont le verbe haut et franc : on dit d’eux qu’ils “rient et pleurent aussi fort qu’ils vivent”. En effet, leur voix peut tonner lors de disputes franches, mais aussi éclater en un rire généreux lors des fêtes. Car s’il est un trait qui définit ce peuple, c’est le sens de la fête et du partage. Chaque récolte abondante donne lieu à de grands banquets sous les feuillages, où l’on dispose d’immenses tables de bois, où le vin de menthe circule et où l’on danse jusqu’au lever du jour.
L’essence de Solhyën est celle de la Croissance. La fiole solhynéenne est en verre courbe légèrement irisé, contenant un liquide vert-doré qui capture la lumière du soleil. Une seule goutte, appliquée sur la langue ou sur la terre, peut accélérer la germination d’une plante, faire refleurir un arbre en hiver, cicatriser une brûlure ou même “apaiser une douleur du cœur”. L’invocation traditionnelle pour en déchaîner le pouvoir est “Floranthys”, un mot qui résonne comme une promesse de renouveau. Les Solhynéens protègent jalousement cet élixir de vie. Transmis lors du Rite de la Saison Nouvelle (voir Rites et Traditions), il est considéré comme un héritage sacré.
(Langue : Les Solhynéens parlent un dialecte chantant, plein de métaphores agricoles et de dictons sur la météo. Il n’est pas rare de ponctuer une promesse d’un “que nos blés lèvent haut !” signifiant prospérité partagée.)
Noctalis - La Forêt des Ombres
Contrée de la nuit, des secrets et des illusions protectrices. Noctalis est une région entièrement couverte d’une forêt antique si dense que la lumière du soleil n’y perce qu’en de rares rais. On la surnomme la Forêt Sans Aurore. Ses arbres immenses aux troncs serrés forment un dédale obscur où le vent lui-même se fait timide. Un épais voile de brume argentée dérive sans cesse entre les fougères géantes et les lianes pendantes. Chaque pas dans Noctalis retombe dans un silence feutré, comme étouffé par des milliers de mousses moelleuses couvrant le sol. La brume de Noctalis est particulière : scintillante de particules d’argent la nuit, on dit qu’elle est vivante et douée d’une forme de conscience protectrice. En effet, rien n’est jamais ce qu’il paraît en Noctalis. Les voyageurs non invités peuvent tourner en rond des jours durant, trompés par des mirages forestiers ou confrontés à leurs propres visions intérieures projetées par les flaques phosphorescentes. Car la forêt elle-même éprouve l’âme de ceux qui osent la traverser : c’est un lieu où l’on doit affronter son propre voile (comprendre son inconscient) pour avancer. Entrer à Noctalis sans guide, c’est risquer de se perdre en soi autant que dans le bois.
Au cœur de la contrée, protégée par le Voile enchanté, se trouve la cité principale (son nom véritable est inconnu des étrangers, souvent on l’appelle juste Noctalis comme la contrée elle-même). C’est une cité sans murailles visibles, car ses murailles sont faites de sortilèges d’illusion. Arven, le Seigneur de Noctalis, est le Gardien des Voiles, capable de contrôler ces brumes mystiques. Les descriptions de la cité racontent des habitations construites autour et à travers les arbres translucides dont les troncs laissent passer une lueur argentée, comme si des âmes y étaient enfermées. Il n’y a pas de places ouvertes baignées de soleil, mais d’innombrables passerelles de bois sombre reliant des plateformes et des salles creusées dans les chênes géants. Des lanternes bleutées y flottent, imitant la lumière des étoiles. La plus grande construction est le Temple des Songes, un sanctuaire entièrement voilé de brume à l’intérieur duquel les Noctalins communient avec les secrets de la nuit. C’est dans ce temple qu’en 764 la grande assemblée des contrées eut lieu sous l’égide d’Arven : pour la première fois depuis Asmat, Noctalis ouvrit son voile aux étrangers le temps d’un conseil décisif.
Le peuple noctalin est aussi énigmatique que sa forêt. Les Noctalins (ou Noctalysiens) ont la peau pâle, presque translucide, parcourue de veinules luisant faiblement d’argent. Leurs yeux sont semblables à des miroirs liquides reflétant l’image de ceux qu’ils regardent, ce qui peut être déstabilisant. Leur allure est éthérée : ils semblent glisser plutôt que marcher, tant leurs pas sont feutrés et leur présence silencieuse. Par tradition, ils vêtent des tuniques tissées de fils sombres mélangés à des fibres brillantes, donnant l’impression qu’ombre et lumière dansent sur leurs habits au moindre mouvement. Peuple discret, les Noctalins parlent d’une voix douce et basse, comme un chuchotement du vent nocturne. Ils excellent dans tout ce qui touche à la perception et la furtivité : ce sont d’incroyables éclaireurs, capable de se fondre dans le décor, et de redoutables gardiens malgré l’absence d’armée formelle. En effet, Noctalis n’a pas d’armée au sens classique ; sa défense repose sur son voile illusoire et sur ses Veilleurs de Brume, des guetteurs qui manient l’art des mirages pour confondre l’ennemi. On dit qu’un bataillon entier pourrait pénétrer Noctalis sans jamais trouver âme qui vive, pour finalement ressortir à son point d’entrée sans savoir ce qui s’est passé. Cette réputation de mystère a tenu Kael lui-même en échec : il n’a jamais su briser leurs défenses ni trouver la cité.
L’essence de Noctalis est celle de la Nuit et du Voile. La fiole noctaline est souvent décrite comme une ampoule de cristal sombre, irisée de reflets argent lunaires. L’élixir de Noctalis octroie à qui l’utilise la vue dans l’obscurité totale et l’ouïe des murmures cachés. En invoquant “Sylvaën” (c’est le nom secret rapporté dans certains grimoires) on peut temporairement voir sans être vu, et entendre l’invisible. D’autres usages consistent à créer de la brume protectrice ou des illusions mineures pour tromper un poursuivant. Utilisé à dose plus élevée, l’élixir peut plonger une zone entière dans une nuit surnaturelle ou révéler à quelqu’un la vision d’un de ses rêves (ou cauchemars) les plus enfouis. C’est donc un pouvoir ambivalent, à manier prudemment. Les Noctalins en font usage principalement pour protéger, créer un abri d’ombre bienveillante, soigner par le rêve (certains maux de l’âme sont guéris par une nuit de sommeil aux songes guidés par un prêtre de Noctalis). Durant la guerre contre Kael, l’essence noctalienne a servi à cacher des réfugiés fuyant Solhyën et Ferrant : de nombreux témoignages font état de familles entières errant dans les bois, subitement entourées d’une brume argentée qui les dissimula aux yeux des Lyskaïrs poursuivants.
La culture noctaline valorise la mémoire et la réflexion intérieure. Leurs moines développent l’art de l’oniromancie (divination par les rêves) et de l’histoire orale chuchotée. Chaque événement marquant est composé en une courte cantilène que l’on murmure lors des veillées, si bien que la mémoire collective se transmet de façon presque subliminale dans les chants nocturnes. Un étranger à Noctalis notera le silence qui y règne, mais un enfant noctalin entendra, lui, des échos du passé dans chaque bruissement de feuille. Cette contrée vit retirée, parfois mal comprise des autres, mais elle est le gardien passif d’Elix : tant que ses voiles tiendront, une part des mystères du monde sera préservée de toute corruption.
(Langue : Le parler noctalin est feutré, modulé. Ils ont un langage commun aux autres peuples mais adorent glisser des mots de leur ancien idiome, le Sylvain « langue des forêts » qui est fait de mots brefs et sifflés. Exemples : “Shæ” signifie silence plein d’attention, “Ulmo” veut dire rêve lucide. Peu d’étrangers comprennent ces termes, ajoutant à leur aura d’énigme.)
Glasmir - Le Royaume des Reflets
Contrée de l’eau, des miroirs et des révélations. Glasmir s’étend autour d’un vaste réseau de lacs et de lagunes translucides qui couvrent une grande partie de ses terres. C’est un royaume mi-aquatique, mi-terrestre, où les frontières entre réalité et reflet sont floues. Les eaux de Glasmir ont la réputation singulière de réagir aux émotions : calmes et limpides sous la joie, elles peuvent se troubler ou changer de teinte selon le chagrin ou la colère de ceux qui s’y mirent. Naviguer sur un lac glasmirien un jour de doute, c’est risquer de voir sa propre image vous sourire ou vous pleurer selon ce que cache votre cœur. Sur ces flots capricieux flottent des cités lacustres faites de verre et de bois clair. Les bâtiments glasmiriens sont souvent construits sur pilotis ou sur des barges reliées entre elles, ils semblent glisser au gré de l’eau. La capitale officieuse de Glasmir est Asmat, la cité aux remparts de granit beige sculptés en vagues régulières. Avant la guerre, Asmat était réputée imprenable et d’une beauté cristalline : ses murailles incrustées d’éclats de verre givré miroitaient sous le soleil, changeant de couleur selon l’humidité de l’air. Au centre d’Asmat se trouvait la Place des Ondes, où un bassin miroir servait lors des cérémonies. C’est là qu’étaient annoncées les prophéties reflétées par l’eau (on murmurait qu’en se penchant au bon moment, on pouvait y entrevoir des fragments d’avenir). Hélas, Asmat fut lourdement endommagée lors de la bataille de 750. Ses remparts tiennent toujours debout, mais portent les stigmates des flammes et du vide. La cité se reconstruit lentement, les Glasmiriens ayant la ferme intention de restaurer chaque morceau de verre brisé, comme on recolle un miroir auquel on tient.
Glasmir est parcourue de canaux naturels et de routes d’eau ; la navigation est donc une seconde nature pour ses habitants. Le peuple glasmirien vit en harmonie avec l’élément liquide : ce sont d’habiles nautoniers, pêcheurs, souffleurs de verre et musiciens aquatiques. Physiquement, ils ont souvent la peau légèrement bleutée ou verdâtre (teintée par les reflets de l’eau et les minéraux présents), et des cheveux aux nuances allant du blanc argenté au noir bleuté. Leurs yeux sont d’un bleu clair, parfois opalescents. Ils sont connus pour leur tempérament changeant, à l’image de l’eau, tantôt paisible, tantôt tumultueuse. Un dicton dit : « Méfie-toi du sourire glasmirien, car l’eau qui dort peut cacher un orage. » En effet, les Glasmiriens apprécient l’art de la subtilité et de l’illusion : ils excellent en jeux d’acteur, en trompe-l’œil architectural et en musique envoûtante. Leurs fêtes incluent des spectacles de miroirs dansants, de grandes plaques d’eau enchantées flottant dans les airs qui reflètent des scènes féériques. Mais ils savent aussi être francs et tranchants comme la glace brisée quand la situation l’exige.
L’essence de Glasmir est celle des Reflets et de l’Eau changeante. La fiole glasmirienne est d’un verre presque transparent aux reflets opalescents, contenant un élixir limpide aux teintes changeantes selon la lumière ambiante. Les pouvoirs de cet élixir touchent à la révélation et à l’illusion. En prononçant l’incantation “Écho” (certains utilisent “Mirálys”), l’élixir peut par exemple rendre potable une eau croupie en en absorbant l’impureté, très utile pour un voyageur perdu. D’autres applications courantes : créer un double illusoire de soi-même sur une surface d’eau pour tromper un ennemi, voir au travers d’un mensonge (en déposant une goutte sur l’œil, on prétend que l’on peut percer les illusions magiques et découvrir la vérité d’une scène), ou encore communiquer à distance en projetant son reflet dans un autre bassin relié mystiquement. C’est grâce à ce dernier usage que les cités lacustres de Glasmir ont pu garder le contact entre elles et avec d’autres contrées, les Miroirs de Parole permettaient aux sages glasmiriens de converser avec Lysanë ou Solhyën avant la guerre. Toutefois, l’élixir de Glasmir a son danger : mal maîtrisé, il peut révéler à l’utilisateur plus que ce qu’il ne voulait savoir. De sombres histoires parlent de personnes ayant sombré dans la folie après avoir entrevu dans un miroir leur avenir tragique ou des secrets trop lourds à porter. Ainsi, les Glasmiriens enseignent dès l’enfance une maxime : « Le miroir reflète, il ne juge pas, à toi d’accepter ce que tu y verras. »
Culturellement, Glasmir valorise la prophétie mesurée et l’art. Le grand événement annuel était jadis la Fête des Lanternes Flottantes : chaque année, au solstice d’été, les habitants écrivaient un vœu ou un regret sur un papier qu’ils fixaient à une petite lanterne, puis les laissaient dériver la nuit sur le fleuve principal. Des dizaines de lumières naviguaient ainsi, emportant symboliquement les espoirs et chagrins vers l’océan. On raconte que Kael et Lyriel, dans leur jeunesse, participèrent à ce rite et échangèrent ce soir-là des promesses d’avenir en voyant leur lanterne s’éloigner. La guerre a interrompu cette tradition quelques années, mais à l’aube du nouvel âge, les Glasmiriens l’ont reprise pour symboliser la fin des ténèbres : on a vu des lanternes portant les noms des héros tombés briller sur le lac Asmat, se reflétant à l’infini dans les eaux enfin apaisées.
(Langue : Les Glasmiriens parlent d’une voix chantante, aux intonations montantes et descendantes, rappelant le clapotis de l’eau. Leur langage incorpore de nombreuses métaphores aquatiques : “clair comme source”, “m’enliser dans la vase d’un problème”, etc. Ils utilisent aussi le silence comme une part de la conversation, un peu comme un calme plat avant de répondre, ce qui met mal à l’aise les étrangers.)
Ferrant - La Terre de Feu et de Forge
Contrée du feu, du métal et de la création par les flammes. Ferrant s’étale sur un paysage de hauts plateaux rocailleux, de montagnes brunes et de volcans assoupis. La terre y est rouge, mêlée de minerai de fer à fleur de sol, et elle brûle sous les pas en de nombreux endroits du fait de la chaleur souterraine. Ferrant est en quelque sorte la forge à ciel ouvert d’Elix : partout des geysers de vapeur, des mares de soufre bouillonnant, des cascades de lave pétrifiée. Au crépuscule, les sommets cracheurs de braises peuvent illuminer le ciel d’étincelles, phénomène que les habitants appellent la Pluie d’Étoiles Ardentes. Malgré ce milieu âpre, la vie prospère à Ferrant dans les anfractuosités. Les Ferrantiens ont creusé leurs cités directement dans la roche et la montagne, alliant architecture troglodyte et vastes halls forgerons. La plus grande cité est Kav Mekhar (la “Creuse-Forge”), bâtie dans l’intérieur d’une ancienne caldeira. Ses toits percent la paroi circulaire du cratère, fumants le jour, incandescents la nuit. Partout résonnent le martèlement du métal et le ronflement des fourneaux, un fond sonore permanent que les Ferrantiens appellent “le chant du cœur de la montagne”. À la différence des contrées verdoyantes, Ferrant n’a que peu d’arbres (sinon quelques pins rabougris sur les pentes tempérées). Ce sont les mines et les forges qui constituent l’environnement de vie principal. Les routes y sont de gravier noir ou de dalles de fonte, éclairées non par des lanternes à huile mais par des creusets de braise disposés à intervalles réguliers. L’air est chargé d’une âcre odeur de métal incandescent et de bois consumé, une odeur que les Ferrantiens associent autant à la création qu’à la destruction, car elle symbolise le pouvoir de forger ou d’embraser.
Le peuple ferrantin est robuste et fier. Les Ferrantiens sont généralement de haute stature, la peau cuivrée par la chaleur et couverte çà et là de tatouages de suie ou de cicatrices de brûlures (celles-ci sont arborées presque avec fierté, témoignant de l’expérience de la forge). Leurs cheveux vont du roux ardent au brun cendre, souvent noués en tresses courtes pour ne pas gêner le travail. Ils portent des tenues de cuir épais renforcé de plaques métalliques sur les épaules et bras, tenues à la fois pratiques pour le labeur et symboliques de leur métier. Chaque famille de forgerons a son motif clanique gravé sur ces plaques (flamme stylisée, enclume ailée, marteau frappant un soleil, etc.). On compte parmi eux de nombreux artisans : forgerons bien sûr, mais aussi orfèvres, lapidaires (tailleurs de gemmes extraites des volcans), céramistes. Travailler la matière brute est un honneur et un devoir chez les Ferrantiens. On dit d’eux qu’ils sont nés avec un marteau dans la main et une chanson sur les lèvres pour rythmer leurs coups. Car, fait méconnu des étrangers, les Ferrantiens ont aussi une âme d’artiste : ils chantent des chants graves et puissants (les Chœurs de la Fournaise) qui accompagnent chaque étape d’une fabrication importante. Ces hymnes servent à la fois de cadence de travail et de prière aux esprits du feu pour qu’ils bénissent l’ouvrage.
La fierté ferrantine est parfois perçue comme de l’arrogance. Il est vrai qu’ils valorisent la force (physique et de caractère). Un dicton de chez eux dit : « Seul ce qui passe par le feu devient pur », sous-entendant que l’épreuve fortifie. Cette philosophie en a fait des guerriers redoutables quand il le faut : bien qu’ils préfèrent la création à la destruction, les Ferrantiens n’ont pas peur de prendre les armes. Ils possèdent de loin l’armurerie la plus fournie d’Elix. Ce sont leurs épées, lances et boucliers qui ont équipé la majorité des troupes alliées durant la bataille d’Asmat. Et c’est dans leurs fourneaux que fut probablement forgée la première Lame-Aura expérimentale il y a des siècles.
L’essence de Ferrant est celle du Feu Créateur. La fiole ferrantine est un tube de verre rouge-orangé, protégé par un treillis de métal noirci. L’élixir brille comme un charbon ardent liquide. Son effet principal est de maîtriser le feu et le métal. En effet, une goutte versée sur un brasier en change la nature : le feu ainsi enchanté obéit à la voix du porteur de la fiole. Par une incantation telle que “Pyros” ou “Igniar”, un forgeron peut attiser sa forge au degré exact voulu sans combustible supplémentaire, ou maintenir un feu constant des heures durant. Une utilisation commune est de rendre un feu froid (ne dégageant pas de chaleur dangereuse mais conservant sa lumière) ou chaud au contraire de manière fulgurante pour souder des métaux réfractaires. Appliqué directement sur du métal, l’élixir le rend momentanément malléable à mains nues comme de l’argile, ce qui permet de sculpter des détails fins avant que le métal ne resolidifie. Cet usage requiert un grand savoir-faire pour que la forme figée soit la bonne. En combat, l’essence de Ferrant peut enflammer une lame d’épée d’un feu qui ne consume pas le métal mais brûle la cible. Beaucoup de guerriers de Ferrant trempent leurs armes dans l’élixir avant bataille, conférant à leur acier une lueur rouge et un potentiel destructeur supplémentaire (les coups portés cautérisent instantanément les plaies, causant des douleurs atroces). On le voit, c’est une essence redoutable. C’est pourquoi elle est confiée avec précaution : les Maîtres des Forges, une guilde influente, veillent à ce que chaque jeune Ferrantien recevant sa fiole soit d’abord formé à l’éthique de son usage. « Le feu crée, le feu détruit, tu seras flamme ou cendre », leur rappelle-t-on dans le rite.
Au-delà de la forge, Ferrant abrite des merveilles géothermiques : geysers sifflants à intervalles réguliers, grottes de cristal de feu (quartz rougeoyant dans l’obscurité), lacs de boue bouillante aux vertus curatives pour la peau… Les Ferrantiens ont appris à connaître et utiliser ces richesses naturelles, faisant d’eux aussi des alchimistes minéraux talentueux. Le mélange de soufre, salpêtre et autres composants n’a pas de secret pour eux, et on leur attribue l’invention de la poudre explosive (employée surtout en mine, et occasionnellement en artifice festif).
(Langue : Le parler ferrantin est rugueux, direct, ponctué d’exclamations brèves. Ils aiment les allitérations en [R] et [F] qui rappellent le crépitement du feu. Par exemple, “Ferveur et Force en Forge” est une devise populaire. Ils tutoient facilement, par familiarité, ce qui peut sembler impoli ailleurs.)
Lysanë - Le Val de la Guérison
Contrée de la lumière bienfaitrice, des remèdes et de la compassion. Lysanë est une vallée fertile et paisible, baignée d’une clarté douce. Ses prairies verdoyantes sont ponctuées de milliers de fleurs médicinales, ses collines douces abritent des sources d’eau claire aux propriétés curatives. Des brises tièdes y soufflent en portant comme un chant lointain, on l’appelle le chant des guérisseurs : en réalité, c’est le vent s’engouffrant dans d’antiques dolmens creux qui produit ce son harmonieux, mais la légende veut que ce soit les prières des soignants d’antan restant en écho. Lysanë est drainée par de nombreux ruisseaux et rivières formant un réseau veiné lumineux vu d’en haut. Chaque feuille, chaque pétale semble tendre la main pour apaiser les blessures, dit-on, tant la nature y est compatissante. Aux confins de la vallée, de petites forêts claires abritent monastères, hospices et jardins botaniques où l’on cultive plantes et fleurs de Lysanë aux propriétés uniques (telle la Nélumbra, un nénuphar de lumière qui éclot la nuit et apaise les fièvres). L’ambiance générale à Lysanë est celle d’un sanctuaire ouvert : les armes y sont rares, les portes des maisons souvent non verrouillées, chaque village possédant un grand hall commun pour accueillir voyageurs et nécessiteux.
La cité principale est Elyön, bâtie en pierre blanche au bord d’un lac miroitant. Elle ne se distingue pas par des remparts ou palais, mais par son Grand Temple de l’Aube dont le dôme d’or reflète le soleil levant de manière à inonder la vallée de ses rayons. Ce temple sert d’école, d’hôpital et de lieu de culte (les Lysanéens vénérant la lumière vitale sans personnification divine précise). C’est là qu’étaient formés les plus grands guérisseurs et qu’étaient conservés les textes médicaux et alchimiques du royaume. Elyön a souffert des affres de la guerre civile quand Kael a sombré : en 746-747, la contrée a été déchirée entre ceux restés fidèles aux valeurs de guérison et ceux, manipulés par Kael via Anéphryl, qui ont “basculé dans l’ombre”. Quand Kael a quitté Lysanë pour Ordrën, beaucoup de familles furent brisées, pleurant des proches partis le suivre. Malgré cela, Lysanë a tenu bon : le Conseil des Sages a été reconstitué avec les guérisseurs restants, et c’est vers Lysanë que les blessés d’Asmat et d’ailleurs ont afflué après 750. Même affaiblie, la contrée a joué son rôle de réconfort du monde. Mais cet effort l’a presque épuisée : en 764, lors du conseil à Noctalis, les guérisseurs lysanéens présents ont les fioles “ternies” par l’usage excessif qu’ils ont dû en faire, et leurs visages sont creusés de fatigue. Lysanë a littéralement versé sa sève vitale pour soutenir les autres durant la décennie sombre, au point de s’appauvrir elle-même.
Le peuple lysanéen est unanimement reconnu pour sa bienveillance et son empathie… du moins était-ce le cas avant la corruption de certains par Kael. Les Lysanéens ont une apparence généralement frêle, peu taillée pour le combat. Leurs traits sont doux, leurs yeux dans les teintes de vert tendre ou de bleu clair. On les reconnaît souvent à leurs mains : longues et délicates, au toucher apaisant. Beaucoup portent autour du cou, outre leur fiole, de petits pendentifs de pierres de lune ou de quartz rose, censés encourager les énergies curatives. Ils vêtent des tuniques et robes aux couleurs claires (blanc, ivoire, rose pâle, vert d’eau) rehaussées de broderies de plantes médicinales stylisées. Par tradition, chaque apprenti guérisseur brode lui-même sur sa manche la feuille ou la fleur emblème de sa spécialité (menthe pour les apaisateurs d’esprit, camélia pour les soigneurs de blessures du corps, etc.). Les Lysanéens sont instruits très jeunes dans les disciplines de la botanique, de l’anatomie et de la musique : car le chant est une part intégrante de leur art. Ils connaissent des hymnes anciens dont la vibration facilite la cohésion de l’élixir avec le patient. Ainsi, entrer dans une maison de soins à Lysanë, c’est entendre de douces mélopées flotter dans l’air, berçant les malades.
Hélas, Lysanë a appris que même l’âme la plus pure peut céder au désespoir ou à la colère. La tragédie de Kael est un sujet douloureux ici. Beaucoup l’admiraient et l’aimaient ; le voir se transformer en ennemi a été pour eux un choc encore plus grand que pour les autres peuples. Certains Lysanéens éprouvent de la culpabilité : n’auraient-ils pas pu empêcher sa chute ? Cette question hante encore les survivants. Néanmoins, après la défaite de Kael, Lysanë s’efforce de pardonner et de redevenir la lumière qu’elle était. Des veillées de réconciliation sont organisées, où l’on nomme un à un les noms des guérisseurs perdus (ceux devenus Lyskaïrs et morts ensuite, victimes de Kael) et où l’on prie pour leurs âmes. La contrée panse ses plaies morales en même temps que physiques.
L’essence de Lysanë est celle de la Guérison et de la Lumière de l’âme. La fiole lysanéenne est élégante, élancée, en verre clair aux reflets d’or et de rose mêlés (on dit qu’elle brille d’une lueur d’aube quand on la tient). Son élixir, appelé parfois Aurélys dans les chants, possède un éventail de pouvoirs curatifs. En administrant une goutte avec l’incantation “Aurélys” justement, on peut purifier un poison, faire tomber une fièvre, accélérer la régénération d’une blessure ou calmer une souffrance mentale. La spécificité de l’essence de Lysanë est qu’elle agit autant sur l’esprit que sur le corps. Ainsi, elle peut plonger un patient en état de panique dans un sommeil serein, dissiper des cauchemars, voire dans certains cas, c’est rapporté dans des textes anciens, contrer des envoûtements d’ombre. Toutefois, plus le mal à combattre est grand (par exemple une malédiction du Néant comme le Noxarys), plus l’élixir s’avère impuissant seul. Lyriel, la meilleure guérisseuse de son temps, ne put se sauver elle-même de ce mal obscur malgré tous les élixirs de Lysanë utilisés sur elle. C’est pour cela que Kael, voyant les limites de l’essence sacrée qu’il vénérait, perdit foi et sombra. Les Lysanéens ont retenu la leçon : leur pouvoir a des limites, et ils l’acceptent avec humilité. Ils se voient comme les gardens humbles de la flamme de la vie, pas comme des dieux tout-puissants sur la mort. Cette humilité retrouvée guide désormais leurs actions.
(Langue : Les Lysanéens parlent d’une voix douce, très articulée, presque chantante. Leur vocabulaire est truffé de termes du soin : on dit “qu’une émotion suppure” pour exprimer un chagrin qui dure, ou “appliquer un baume de rire” pour consoler quelqu’un par l’humour. Ils tutoient rarement, gardant une politesse affectueuse avec tout le monde. Leur langue ancienne, peu pratiquée couramment, est le Lyrien, dont on retrouve des bribes dans les chants religieux.)
Ordrën - L’Étendue Brisée
Terre maudite, brisure du monde, royaume du Néant. Ordrën n’est pas une contrée à proprement parler, mais plutôt l’absence de contrée, un gouffre à ciel ouvert dans l’harmonie d’Elix. Autrefois (si l’on croit certaines histoires) c’était une région fertile ou du moins vivable, mais elle n’est plus que désolation. Rien ne pousse en Ordrën, ou presque. Le sol y est fissuré, dur comme de la pierre vitrifiée par une chaleur ancienne, ou par endroits réduit en sable gris et cendre. Pas d’arbres, pas de vrai relief si ce n’est les cratères et failles béantes qui zèbrent le paysage. De jour, une lumière blafarde tombe d’un ciel blanchâtre sur ces terres sans ombre (puisque rien de haut ne s’y dresse). De nuit, il y fait d’autant plus noir que même la lune semble éviter de luire trop fort sur Ordrën. Un vent perpétuel, glacé et sec, racle la surface en soulevant des tourbillons de poussière blanche. C’est un lieu silencieux, effroyablement silencieux. Pas de chant d’oiseau (il n’y en a pas), pas de coassement de grenouille, pas même d’insectes stridulants. Le seul son est ce vent gémissant et parfois, l’écho lointain d’une roche qui s’effondre. On comprend pourquoi, dans les mythes, on dit que « le Néant y attend, froid et patient, rongeant le temps et les racines, guettant l’instant pour engloutir le reste d’Elix ». Ordrën donne l’impression troublante que le temps lui-même s’y délite : certains voyageurs égarés témoignent qu’ils ne sauraient dire s’ils y ont erré un jour ou un mois tant le ciel y reste uniforme et l’absence de vie perturbe la perception.
Aucun peuple autochtone ne vit à proprement parler en Ordrën depuis la Fracture. Seuls quelques êtres s’y sont aventurés, généralement pour mal faire : nécromanciens, bandits cherchant un repaire introuvable, et finalement Kael lui-même qui y a établi son royaume éphémère. Durant son occupation, Ordrën a vu surgir un simulacre de vie tordue : des camps de forge démoniaque, alimentés par des brasiers d’essence maléfique, y ont fonctionné jour et nuit ; des tours ont été érigées en pierre noire pour servir de postes d’observation ; surtout, le cœur d’Ordrën a accueilli le sinistre Bastion du Néant de Kael. D’après les rares qui l’ont aperçu, ce bastion était adossé à une falaise, construit en matériau composite de roche ordrënienne et d’obsidienne alchimique, parcouru de veines rougeoyantes. Aucun feu normal n’y brûlait, seules des torches d’Obscaryon qui dévoraient l’ombre au lieu de l’éclairer. Kael y menait ses expériences sur les fioles et essences volées : la salle principale renfermait des centaines de fioles étranges, certaines vibrantes de lambeaux d’élixir agonisant, d’autres déjà mortes et ternies par le vide. Tout cela a été démantelé après la chute de Kael. Son bastion est en ruines, et Ordrën est retombée dans son sinistre silence.
Ordrën est à présent inhabité (du moins officiellement). C’est une zone interdite d’accès par un accord tacite des contrées : nul n’a envie de s’y installer ni d’y chercher querelle. Cependant, il n’est pas exclu que des résidus de la présence de Kael y subsistent : pièges alchimiques, fioles oubliées, créatures errantes telles que quelques Lyskaïrs n’ayant pas péri ou d’éventuels monstres nés des cuves de Kael. On parle notamment de Mornels, ces serviteurs gris et voûtés, qui auraient pu errer sans but et encore hanter certains anciens camps, répétant inlassablement les tâches pour lesquelles ils ont été créés jusqu’à s’écrouler faute d’ordres. Des ferrantiens un peu téméraires ont évoqué l’idée de venir exploiter les ressources minérales d’Ordrën (car après tout, une partie de la richesse du sous-sol y est intacte). Mais les sages s’y opposent fermement : « La terre d’Ordrën n’a plus d’âme, qui la touche s’y perdra ». Personne n’a oublié les terribles légendes du lieu. Pour la plupart des habitants d’Elix, Ordrën demeure une cicatrice maudite qu’il vaut mieux éviter et surveiller de loin. Des postes d’observation ont été établis tout autour, dans les contrées limitrophes (Ferrant, Solhyën, Glasmir) pour alerter en cas de regain d’activité anormale au cœur du désert.
Par essence, Ordrën n’a pas d’essence propre, ou plutôt si, elle possède l’anti-essence : le Néant. Il n’existe pas de fiole d’Ordrën transmise lors d’un rite, bien sûr. Toutefois, Kael a démontré qu’on pouvait exploiter ce vide : il a créé Voidemir, une essence d’annihilation. On pourrait dire que Voidemir est l’“élixir d’Ordrën”, au sens où il a été distillé de la malédiction même de cette terre. Heureusement, cette substance ne circule plus à présent, autant qu’on sache. Si quelques fioles de Voidemir subsistaient enfouies dans les débris, ce serait un danger extrême, et sans doute une quête de destruction prioritaire pour les nouveaux Harmonistes d’Elix.
Ordrën, en conclusion, n’est pas un pays où vivre, mais un memento mori géant pour le monde d’Elix : un rappel de ce qui arrive lorsque le déséquilibre, la folie ou le mal prennent le pas. Chaque contrée jette un œil prudent vers Ordrën à l’horizon, surtout la nuit quand une lueur blême semble parfois y danser (certains disent que ce sont les restes d’âmes piégées). Mais peut-être qu’un jour, qui sait, l’herbe repoussera. Certains optimistes murmurent que si un Second Âge de vraie harmonie arrive, Ordrën pourrait se refermer. Quelques prophètes marginaux racontent avoir vu en songe une pluie dorée tomber sur Ordrën et la faire fleurir en un instant. Utopie naïve ? Seul l’avenir le dira. En attendant, Ordrën reste une page déchirée du livre du monde, qu’aucune encre n’a encore pu recouvrir.
(Langue : Pas de locuteurs natifs. Le nom “Ordrën” lui-même est sujet à interprétation ; pour les Ferrantiens, il viendrait de “Ordre Rompu”, pour les Lysanéens de “Orphelin”, pour les Noctalins de “Orbe de Rien”. Chacun projette son sens, preuve que la plaie est ouverte dans l’âme collective.)
Glossaire par catégorie
(Ce glossaire encyclopédique recense divers éléments notables d’Elix, classés par thème. Des extraits de textes anciens ou des anecdotes ornent certaines entrées pour enrichir la compréhension.)
Fioles et Élixirs
L’Originel - Le Premier Élixir, source de toute création. C’est l’essence primordiale d’Elix, engendrée par la conscience infinie au commencement. Nul ne sait s’il en existe une fiole tangible quelque part ou si l’Originel est disséminé à jamais dans les essences des contrées. Les légendes prétendent que l’Originel “ne renaîtra qu’avec le sang de l’élu”, ce qui fut l’obsession de Kael. Après la défaite de Kael, l’Originel demeure latent, peut-être incarné en partie par Valyan lui-même. Il est vénéré implicitement à travers chaque usage des élixirs : chaque goutte de n’importe quelle fiole contient un écho infinitésimal de l’Originel.
Élixir de Croissance (Solhyën) - Un élixir vert-doré contenu dans des fioles courbes irisées propres à Solhyën. Par une invocation (“Floranthys” ou “Lhyralya”), il fait fleurir la vie : germination accélérée, fertilisation des sols stériles, guérison des végétaux, mais aussi cicatrisation des brûlures et apaisement moral. C’est un élixir polyvalent pour tout ce qui est croissance, renouveau et équilibre. Maëron l’herboriste l’utilisa pour repousser l’ombre qui menaçait l’enfant en 745. On le reconnaît à son parfum de menthe sauvage et de sève tiède.
Élixir de Nuit (Noctalis) - Une essence argentée quasi liquide que les Noctalins gardent dans des fioles sombres miroitées. Son nom secret est Sylve-nox (combinaison de “forêt” et “nuit”). Il confère la vision dans l’obscurité totale, l’acuité auditive extraordinaire et la capacité de se fondre dans les ombres. On l’emploie avec prudence, car il peut troubler la perception du réel (certains utilisateurs doivent se couvrir les yeux après usage, tant la lumière normale leur devient pénible). L’invocation connue est “Umbraelys”, souvent murmurée à peine audible.
Élixir des Reflets (Glasmir)- Un élixir cristallin aux reflets changeants, contenu dans des fioles presque transparentes. Appelé aussi Élixir des Ondes, il est associé à l’élément eau et à la vérité cachée. Quelques gouttes suffisent à clarifier de l’eau impropre ou à créer une illusion visuelle temporaire sur une surface réfléchissante. L’incantation “Mirál” ou “Écho” permet d’activer ses effets. Les harmonistes de Glasmir l’ont beaucoup utilisé pour communiquer via des miroirs d’eau et pour déjouer les mensonges : en versant l’élixir sur la langue d’un suspect, on dit qu’il ne peut plus prononcer que la vérité (effet temporaire). On raconte que Baelor de Glasmir en avait toujours une flasque à portée pour percer les illusions de Kael.
Élixir de Feu (Ferrant) - Liquide flamboyant enfermé dans des fioles renforcées de métal. Aussi nommé Sang de la Forge. Sa fonction première est d’alimenter et contrôler les flammes, indispensable aux maîtres forgerons. Par extension, il permet de charger armes et outils de la vigueur du feu. Son usage guerrier peut embraser les lames ou immuniser temporairement celui qui le boit contre la chaleur et la brûlure. À dose modérée, il réchauffe également le corps et l’esprit, combattant la fatigue (on le dilue dans du vin épicé lors de certaines nuits froides à Ferrant). L’invocation “Ignis” (ou “Igniar”) sert le plus souvent, synchronisée avec un coup de marteau ou un cri de guerre.
Élixir de Guérison (Lysanë) - Un élixir clair à reflets d’or rose, surnommé Larme de l’Aube. C’est le plus précieux aux yeux du commun, car il guérit blessures et maladies. Une goutte sur une plaie la referme en quelques instants (si elle est fraîche) ou accélère la convalescence (si la blessure est ancienne ou infectée). Administrée par voie orale avec l’incantation “Aurélys”, l’essence chasse fièvres, poisons et même chagrins profonds en apaisant l’âme. Son efficacité n’est pas absolue sur tout (les malédictions et nécroses du Néant lui résistent), mais rien n’égale sa capacité à redonner espoir et force vitale. C’est cette fiole que portait Lyriel au cou lorsqu’elle soignait, irradiant d’une douce lueur bleutée lorsqu’elle utilisait son don.
Voidemir - L’Élixir du Néant, concocté par Kael à partir des ténèbres d’Ordrën. Liquide noir comme de l’encre, épais et fumant d’une brume sombre, contenu dans des fioles opaques. Voidemir annihile ce qu’il touche : versé sur une plante, il la flétrit instantanément ; ingéré, il ronge l’âme jusqu’à ôter toute empathie ou joie, ne laissant qu’une coquille vide. Kael l’a utilisé pour asservir des créatures et corrompre le sol même d’Elix. C’est une arme effroyable, plus proche du poison absolu que de l’élixir. Aucune invocation n’est nécessaire, son effet est intrinsèque, mais Kael avait l’habitude de prononcer “Voidemir” d’une voix sibilante en l’utilisant, comme pour donner corps à son néant. Heureusement, la recette exacte de Voidemir est inconnue en dehors d’Ordrën et l’on espère qu’elle est perdue avec la chute de Kael.
Anéphryl - Surnommé L’Élixir de la Rage. Un breuvage pourpre tirant sur le noir, mis au point par Kael pour pervertir les Lysanéens loyaux. Anéphryl étouffe toute émotion douce (amour, compassion) et exalte la colère et l’agressivité. Il transforme une personne sensée en berserker froid, prêt à obéir aux ordres les plus cruels. Les notes du grimoire de Kael indiquent qu’il combinait une base de plantes vénéneuses altérant l’humeur avec une essence du vide diluée. On dit qu’une fois sous son emprise, le cœur du sujet battait au rythme d’une haine sourde insufflée par Kael. L’invocation d’Anéphryl était effectuée par Kael lui-même : c’est en prononçant ce nom qu’il déclenchait en ses troupes cette transe de rage. Après la guerre d’Asmat, la plupart des fioles d’Anéphryl furent détruites ou purifiées par Lysanë.
Élaríon - L’Élixir interdit de l’Harmonie Ultime. Fusion légendaire des cinq essences dans un équilibre parfait. Il n’existe pas sous une forme stable ou stockable : Élaríon se crée in extremis lorsque cinq alchimistes, chacun maître de son essence, unissent leurs fioles et leurs volontés. Il apparaît alors comme une lumière pure englobant les porteurs, musique autant que potion. Son pouvoir est de conjuguer les éléments pour repousser toute force destructrice, ce qui s’est produit à Asmat. C’est l’arme ultime contre le Néant… mais au prix de la vie de ceux qui l’invoquent. Les textes sont clairs : nul ne peut contenir longtemps en lui la symphonie d’Élaríon sans se consumer. Ce sacrifice n’a d’ailleurs pu être consenti qu’une seule fois, tant l’Ordre Harmoniste en a été anéanti. Élaríon est donc plus un concept qu’un élixir que l’on pourrait retrouver. Il représente l’unité sacrée d’Elix. Certains rêvent toutefois de le reproduire sans sacrifice, pensant que Valyan, portant en lui toutes les essences, pourrait devenir un vivant Élaríon maîtrisé. Ceci reste de la spéculation de bardes.
Noxarys - Techniquement pas un élixir mais un fléau alchimique. Mentionné dans un vieux grimoire comme “résidu du Néant”, c’est la malédiction qui frappa Lyriel. Noxarys se manifeste comme une non-vie : il consume peu à peu l’énergie vitale d’une personne, en étant insensible à tout remède mortel. Son origine est inexpliquée, dans le cas de Lyriel, il fut transmis par l’enfant à l’aura double (donc potentiellement une réaction entre lumière et ombre réunies). On pourrait le qualifier d’“élixir inversé” car aucun des élixirs bénéfiques ne l’affecte. Seule une énergie d’un niveau supérieur (Élaríon par ex.) pourrait théoriquement le contrer. Heureusement, c’est un mal extrêmement rare. Le mot Noxarys est devenu synonyme de fatalité inévitable en Lysanë.
(À noter : Il existe bien sûr d’innombrables élixirs mineurs, potions dérivées, décoctions alchimiques locales (Philtre de Sommeil de Noctalis, Tonique de Feu digestif de Ferrant, etc.), mais le codex se concentre sur les principaux. Une mention spéciale aux Fioles de Lune de Glasmir : non remplies d’essence, elles capturent les rayons lunaires pour produire une lueur douce, utilisées comme veilleuses. Preuve que la frontière entre alchimie et artisanat est parfois mince.)
Lieux mythiques et géographiques
Hyëra - Les arbres géants d’Elix, particulièrement nombreux à Solhyën. Un Hyëra est un être colossal : plusieurs centaines de mètres de haut, un tronc si large qu’une ville peut s’y lover autour. Leur écorce est rugueuse et creuse par endroits, formant des galeries naturelles qui ont permis aux Solhynéens d’y établir des archives et salles de réunion. Les Hyëra sont considérés comme les gardiens de la mémoire du monde. Leur nom vient de l’ancien mot “Hyë” (esprit) et “Ra” (arbre). Ils existent aussi en Noctalis (où leurs troncs translucides laissent voir une lueur interne argentée) et en Lysanë (sous forme de grands saules lumineux près des sources). Aujourd’hui, toucher le tronc d’un Hyëra et ressentir son bourdonnement interne est un privilège qui fait frissonner d’humilité : c’est comme approcher le cœur ancien d’Elix.
Champ des Fioles - Un lieu sacré dans la vallée de Lysorah (Solhyën) où se déroule le rite de passage solhynéen. C’est une vaste prairie recouverte d’un tapis de mousse et de racines entrelacées. À la saison du rite (une nuit de printemps sous les deux lunes), des milliers de petites fioles en forme de graines spiralées émergent lentement du sol mousseux. Ces fioles semblent “pousser” de terre, faites d’un verre racinaire presque vivant, parcouru de filaments verts lumineux. Elles pulsent en cadence, comme autant de cœurs anciens vibrant à l’approche des pas. Chaque jeune venant être initié parcourt le Champ, guidé par les anciens, et la fiole qui vibre le plus intensément à son approche est celle qui lui est destinée. Le Champ des Fioles est un spectacle merveilleux : la nuit, illuminé par les lampions et les deux lunes, avec les fioles qui scintillent parmi la brume au ras du sol, on se croirait au milieu d’un ciel étoilé inversé. Bien que situé à Solhyën, il attire des témoins de toutes contrées lors des grandes années (comme en 745 où plusieurs villages avaient des élus). On dit que ce champ est né à l’An 0 : ce serait l’endroit où le Premier Élixir s’est répandu dans le sol, donnant naissance aux premières fioles.
Asmat - Grande cité lacustre de Glasmir, célèbre pour la bataille éponyme de l’an 750. Asmat s’élève sur des îlots reliés par des ponts, entourée d’un large fleuve (affluent du grand lac). Avant la guerre, elle était renommée pour ses remparts en granit sculpté imitant des vagues, incrustés de morceaux de verre givré qui scintillaient à l’aube. Au-delà de sa beauté, Asmat était un centre de savoir : on y trouvait l’Académie des Reflets, où l’on formait les mages de l’illusion. La Bataille d’Asmat a laissé la cité exsangue. Ses murs portent les stigmates de Voidemir, certaines portions du fleuve alentours sont encore toxiques des suites de l’onde de vide. Néanmoins, les Glasmiriens se sont attelés à la relever. Symbole de l’union des peuples, Asmat accueille désormais chaque année une cérémonie commémorative où Solhynéens, Ferrantiens, Lysanéens et Noctalins viennent allumer ensemble des lanternes qu’ils laissent dériver sur le fleuve en hommage aux Harmonistes tombés. La cité, autrefois synonyme de fierté glasmirienne, est devenue un lieu de mémoire partagée.
Voile de Noctalis - On appelle ainsi la brume enchantée qui entoure et protège la contrée de Noctalis. C’est à la fois un phénomène naturel (brouillard constant alimenté par l’humidité de la forêt) et un enchantement collectif maintenu par les moines et le Seigneur des Voiles. Le Voile de Noctalis plonge les intrus dans des illusions tirées de leur propre esprit. Traverser le Voile est un exploit rarement réussi sans guide. La seule voie relativement sûre est un sentier ancestral, jalonné de bassins d’eau phosphorescente, où un étranger doit affronter son reflet intérieur pour être accepté. Autrement, pénétrer le Voile sans autorisation, c’est risquer de tourner en rond pour toujours, ou de ressortir en quelques minutes persuadé d’y avoir passé des mois. Durant le conseil de 764, Arven a temporairement écarté le Voile pour permettre aux délégations d’entrer dans Noctalis, événement inédit en mémoire d’homme. Après la guerre, le Voile reste en place mais Noctalis a envoyé quelques émissaires enseigner aux autres contrées certaines des Clés du Voile (des talismans ou techniques mentales pour ne pas se laisser piéger par les illusions). Ceci afin de favoriser la confiance : une invitation implicite à se comprendre mieux, sans forcément abolir le mystère.
Bastion du Néant - Forteresse érigée par Kael sur les terres d’Ordrën. Située contre une falaise basaltique surnommée le Rempart Mort, ce bastion est le siège de son pouvoir maléfique. Construit rapidement entre 747 et 749, il allie magie et architecture. Tours d’obsidienne, salles voûtées taillées à même la roche, et surtout la sinistre Forge des Lames-Aura en sous-sol où l’on trempe les armes dans des cuves d’Obscaryon alimentées par du sang et des essences volées. Le bastion est un lieu d’expérimentation autant que de commandement militaire. On y retrouve des installations effroyables : des chaînes fixées à des cercles d’alchimie où sont attachés des captifs pour diverses épreuves, des bibliothèques renfermant des parchemins en langue obscure (dont beaucoup ont été scellés ou détruits par Kael pour garder le contrôle).
Néanmoins, malgré le danger de ces terres, certains aventuriers cherchent parfois à fouiller les décombres à la recherche d’objets ou de secrets, entreprise évidemment interdite et risquée.
Cascade de Nyväe - Chute d’eau notable en Solhyën, sur la rivière Nyväe. C’est au pied de cette cascade que Maëron découvrit le panier de l’enfant en 745. La cascade de Nyväe est haute d’une trentaine de mètres, et se jette dans un bassin entouré de roseaux. Habituellement paisible, elle est connue pour avoir des propriétés étranges : selon les anciens, “quiconque se mire dans ses eaux au soleil levant y voit un indice de son destin”. Maëron lui-même, juste avant de trouver l’enfant, a raconté avoir vu un reflet fugace, « comme une rai de lumière guidé par une conscience propre », sur l’anse du panier, ce qui l’a poussé à remarquer le bébé. Le site reste magnifique en soi, entouré d’une végétation luxuriante (sa verdure avait flétri au passage de l’ombre en 745, mais Maëron l’avait ravivée avec l’élixir). On dit que la mousse sur les rochers y dessine désormais la forme d’un renard, signe du Luthien veillant (ce peut être une simple coïncidence naturelle, mais beau symbole).
Lysorah - Vallée verdoyante au sud de Solhyën, célèbre pour abriter le Champ des Fioles (voir plus haut). Lysorah est aussi appelée “le Berceau des Saisons” car on y ressent les changements de saison plus intensément qu’ailleurs. Au printemps, c’est un océan de fleurs ; en été, les collines dorment sous la chaleur ; en automne, chaque arbre flamboie de teintes vives ; en hiver, une rare neige légère peut y saupoudrer le sol, rare en Solhyën. C’est dans cette vallée que Maëron avait son humble demeure, le hameau de Liorën étant adjacent.
Temple de l’Aube (Elyön) - Grand temple de Lysanë, situé à Elyön, consacré à la guérison et à la connaissance. Construit en dôme ouvert sur un jardin central, il est bâti de marbre blanc et or. Le matin, le soleil levant s’aligne avec l’ouverture du dôme pour inonder l’intérieur d’une lumière dorée bienfaisante, d’où son nom. C’est ici que Kael et Lyriel furent formés et où Kael revint supplier les prêtres de sauver Lyriel. Le Temple de l’Aube abritait la plus grande collection d’ouvrages de médecine d’Elix, dont le fameux Traité des Cent Herbes et les Rouleaux du Souffle (expliquant l’art du chant guérisseur). Pendant la crise de Lyriel, Kael consulta frénétiquement la Bibliothèque du temple, une salle aux rayonnages circulaires remplis de rouleaux et grimoires anciens, et c’est là qu’il trouva le feuillet sur le Noxarys. Aujourd’hui, le Temple continue de fonctionner, bien que sa quiétude ait été brisée. Un mémorial à Lyriel y a été installé : une statue la représentant chantant, un enfant dans les bras, orne le jardin central, rappelant à tous le prix de l’empathie.
Créatures
Luthien (le Renard d’Or) - Petit animal légendaire, rare et farouche, que l’on dit porteur de la mémoire du monde. Le Luthien apparaît sous la forme d’un renard doré translucide, aux oreilles démesurément grandes pointées vers le ciel. Ses yeux verts brillent d’intelligence et chaque poil de sa fourrure semble contenir un fragment de lumière stellaire. Créature fuyante, on raconte qu’elle fuit habituellement les hommes. Pourtant, un Luthien s’est lié d’amitié avec Valyan : ce dernier l’a sauvé des griffes d’un Faryndel (serpent constricteur) et en retour, le petit renard l’accompagne par intermittence, apparaissant à ses moments de doute pour le guider. Le Luthien pousse un cri singulier, mélange de miaulement et de chant cristallin qui se confond avec le vent. Ce chant a un effet apaisant sur qui l’entend. Selon le folklore, « le Luthien n’oublie jamais les bonnes âmes », d’où la croyance qu’il revient près de Valyan par gratitude. La figure du Luthien est entrée dans les contes populaires symbolisant l’espoir et la guidance de la nature. On le surnomme aussi Petit Luminar ou Renard des Deux Lunes. Certains savants spéculent qu’il s’agit d’un esprit ancien d’Elix incarné. Quoi qu’il en soit, croiser son regard bienveillant est considéré comme une bénédiction.
Poisson-vrille - Poisson facétieux vivant dans les rivières de Solhyën. De taille modeste mais très puissant, le poisson-vrille a la particularité de nager en tournoyant comme une toupie folle. Sa queue en forme d’hélice lui confère une accélération surprenante, au point qu’il peut remonter un courant en spirale à toute allure. Les pêcheurs solhynéens le connaissent bien : c’est un met délicieux, mais très difficile à attraper. Il nage parfois à reculons juste pour dérouter ses prédateurs et pêcheurs. Maëron en attrapa un énorme spécimen en 745, non sans mal, juste avant de découvrir l’enfant. Le poisson-vrille est doté d’écailles lisses bleu-vert et d’yeux malicieux. Il symbolise en Solhyën la malice de la nature. Dans les fables, il est celui qui trompe toujours le renard (avant que le Luthien n’arrive, le poisson-vrille était l’archétype du filou intrépide).
Lyskaïr - Soldat monstrueux issu de la transformation d’anciens Lysanéens par Kael. Les Lyskaïrs ont l’apparence de guerriers à l’allure presque squelettique : corps décharnés mais étonnamment robustes, peau cendrée fissurée par la chaleur, cheveux raides mêlant anthracite et mèches argentées. Leurs yeux noirs pétrolés trahissent l’absence d’âme et l’emprise du Voidemir. Totalement dociles envers Kael, ils sont privés de peur comme de compassion. Ils portent des armures de cuir brûlé et craquelé, souvenirs de leurs anciennes tenues lysanéennes désormais souillées. En combat, un Lyskaïr est plus fort qu’un homme normal, insensible à la douleur et ne reculant devant rien. Il ne s’arrête que détruit. Durant la guerre, ils ont constitué le gros des troupes de Kael. On notera que Lyskaïr signifie “Lys (symbole de Lysanë) et Kaïr (fer noir)”, littéralement les “Lys de fer noirci”. Ce nom fut donné par cynisme par Kael lui-même, d’après des interrogatoires de Mornels capturés. La plupart des Lyskaïrs périrent à Asmat face à Élaríon. Quelques-uns, libérés de l’influence néfaste, se sont effondrés en sanglotant, retrouvant fugacement leur humanité juste avant de mourir, tragédie qui hante les Lysanéens survivants.
Mornel - Créature servile créée artificiellement par Kael via d’obscures expériences. Un Mornel a une silhouette vaguement humanoïde, mais recroquevillée et chétive. Sa peau grise est flasque, ses membres allongés de façon inharmonieuse. Son visage est méconnaissable : une large bouche garnie de dents pointues occupant presque toute la face, de petits yeux troubles sur les côtés, et pas de nez apparent. Les Mornels sont doués de parole (d’une voix sifflante et malaisée), car ils ont conservé l’usage du langage, mais ils n’ont “pas d’âme”. Créés pour exécuter les basses besognes, ils servent d’espions, de tortionnaires ou de messagers. Contrairement aux Lyskaïrs soldats, les Mornels ne sont pas faits pour le combat direct (ils sont trop fragiles). Ils excellent en revanche à se faufiler, à conspirer et à semer la terreur psychologique, par leurs murmures incessants dans le noir, ou leur manie de rire froidement depuis l’ombre avant de frapper. Kael en a “fabriqué” un certain nombre dans son bastion, probablement à partir de prisonniers d’Ordrën mêlés à des substances du Néant. Le terme Mornel est entré dans le langage commun pour désigner quelqu’un de servile et dénué de conscience (insulte très forte).
Corgor - Bête ailée de cauchemar, monture favorite de Kael. Un Corgor ressemble à un gigantesque lézard ou dragon sans écaille, à la peau noirâtre tendue sur des muscles noueux. Ses ailes, semblables à de vastes membranes ensanglantées, se déploient comme de funestes voiles rouges dans le ciel. Ses serres acérées peuvent déchirer la pierre et il exhale un souffle fétide capable de flétrir les plantes (car il a été nourri aux potions du Néant). Kael en éleva plusieurs dans les cavernes d’Ordrën. Le plus connu est le Corgor Noir que Kael chevauchait lui-même : lors de la bataille d’Asmat, on le vit planer au-dessus des armées, tel un dragon de l’apocalypse, ses ailes obscurcissant le soleil. Les Corgors émettent un grondement sourd et continu, comme un roulement de tonnerre. En combat aérien, ils firent des ravages parmi les quelques Griffons (créatures ailées de Ferrant) qu’on avait mobilisés côté allié. À la défaite de Kael, peu après la bataille d’Asmat, ses Corgors furent soit abattus, soit dispersés. Une légende noctalienne affirme qu’un Corgor blessé aurait tenté de pénétrer Noctalis pour s’y cacher, mais que la forêt vivante l’aurait fait disparaître dans ses brumes vengeresses. Ces monstres incarnent aujourd’hui la laideur destructrice de l’alchimie pervertie. On conserve dans un musée de Ferrant le crâne d’un Corgor terrassé, comme preuve tangible que même les cauchemars peuvent être vaincus.
Enyx - Créature mythique apparentée à la panthère, gardienne des racines profondes. L’Enyx apparaît comme une immense panthère au pelage noir zébré de veinules lumineuses vertes. Ses yeux luisent d’un jaune fixe et son souffle chaud a une odeur de terre humide. On raconte qu’un Enyx dormait dans les entrailles d’un Hyëra de Solhyën, connecté aux réseaux de racines du monde. Lorsque ce Hyëra fut corrompu, l’Enyx a souffert, poussé des gémissements nocturnes que les captifs entendaient dans la terre. C’est Lyssa, une jeune guérisseuse compagnon de Valyan, qui parvint à approcher l’Enyx agonisant et à soigner sa blessure en posant ses mains et sa fiole de Lysanë sur son flanc. Apaisée, la panthère géante s’est couchée et a offert son dos aux héros pour qu’ils s’enfuient du Hyëra corrompu. Ensuite, l’Enyx les a portés à travers un labyrinthe de racines souterraines qu’elle seule connaissait, débouchant derrière une cascade secrète loin de leurs ennemis. On considère l’Enyx comme un esprit protecteur de Solhyën. Peut-être est-elle unique, ou y en a-t-il d’autres endormis sous les grands arbres ? Son nom est tiré du vieux mot “Enu’ix” (gardienne cachée). Désormais libre, l’Enyx serait repartie dans les forêts libres, discrète. Aucune tentative de la domestiquer ne serait de toute façon concevable, c’est elle qui choisit d’aider, sans rien demander en retour. Sa présence en fait une héroïne à part entière aux yeux du peuple : elle représente la nature elle-même venant en aide aux justes.
Faryndel - Surnommé Serpent-des-herbes. Un Faryndel est un serpent constricteur vert et brun qui se cache dans les hautes herbes des plaines de Solhyën. Il est redouté car il n’a pas de crochets venimeux mais des anneaux extrêmement puissants capables d’étouffer n’importe quelle créature qu’il enlace. Long de plusieurs mètres, il chasse en embuscade. Un Faryndel bondit littéralement hors du couvert de verdure et s’enroule autour de sa proie en quelques secondes. Celui qui en est victime n’a souvent pas le temps de pousser un cri. Valyan adolescent a combattu un Faryndel pour sauver le Luthien : il lui a fracassé le crâne avec une pierre, réussissant par miracle à le faire fuir. Depuis lors, il porte à la ceinture un petit croc de Faryndel en souvenir (bien que le serpent n’ait pas de crochets venimeux, il en a de petits pour mordre et maintenir prise, l’un s’était brisé durant la lutte). Les Solhynéens connaissent quelques méthodes pour se prémunir des Faryndels : planter de la mélisse autour des campements (l’odeur les repousse) ou emmener des oies, dont le cri alerte en cas de présence du serpent (similaire au mythe romain des oies du Capitole). Le Faryndel incarne le danger caché dans l’herbe, la menace nichée au cœur même de la nature hospitalière.
Lysmène - Petite créature féerique évoquée dans un conte lysanéen. Les Lysmènes sont décrites comme de minuscules être couverts d’un fin duvet sombre, avec deux yeux brillants comme des étoiles et de petites ailes atrophiées. On les appelle aussi “Murmures-de-Lune”. Une légende prétend que ce sont de petits fragments du ciel tombés dans l’ombre : en effet, elles vivent dans les recoins sombres des forêts de Lysanë ou de Noctalis, mais ne sont pas malveillantes pour autant. Au contraire, « elles se posent sur l’épaule des voyageurs solitaires et murmurent des chants doux pour apaiser leurs craintes ». Invisible pour qui ne croit pas en la magie, un Lysmène apporte un réconfort subtil, on la confondrait avec un courant d’air tiède à l’oreille, porteur d’un encouragement. On dit qu’il ne faut jamais tenter de les attraper ou de les éclairer brusquement, sous peine de les voir disparaître à jamais. Leur existence n’est pas prouvée scientifiquement, mais beaucoup jurent en avoir ressenti la présence lors de nuits d’angoisse. La tradition veut que l’on laisse parfois une petite soucoupe de lait miellé sur une souche, la nuit, pour remercier les Lysmènes protectrices.
(D’autres créatures peuplent Elix : licornes fuyardes des plaines de Solhyën, esprits sylvestres de Noctalis, griffons des cimes de Ferrant. Le bestiaire complet occuperait un volume entier. Ici nous nous concentrons sur celles liées aux événements majeurs de ce tome.)
Rites et Traditions
Rite de la Transmission (Rite de Passage des Fioles) Cérémonie initiatique commune aux cinq contrées (avec variations locales) au cours de laquelle les jeunes adultes reçoivent leur fiole d’élixir autour de leurs 18-20 ans. À Solhyën, c’est la Fête de la Croissance au printemps : on se rassemble au Champ des Fioles sous les deux lunes, on chante et on danse pour célébrer la nouvelle saison, puis les jeunes entrent dans le champ pour y cueillir la fiole qui les choisit. Chaque contrée a son équivalent : à Ferrant, c’est la Forge de l’Âme où les jeunes plongent une ébauche de fiole en métal dans la flamme commune pour qu’elle s’imprègne de leur esprit avant de recevoir l’essence; à Noctalis, c’est le Pas du Voile où l’initié traverse seul un couloir de brume avec une fiole vide et en ressort avec celle-ci mystérieusement remplie d’essence noctalienne; à Glasmir, la Cérémonie des Ondes voit les fioles remonter à la surface d’un bassin au son des cloches d’eau; à Lysanë enfin, le Rituel de l’Aube se tient au temple au lever du soleil, où les fioles émergent des vasques de cristal en chantant doucement. Ces rites sont empreints de solennité et de joie. Ils marquent l’entrée dans l’âge adulte, avec la responsabilité nouvelle de porter une part du savoir vivant de la contrée. Au-delà des différences, tous ces rites rappellent l’unité fondamentale du cycle de la vie à Elix. Certaines contrées, selon les années, célèbrent la transmission de façon commune.
Festival des Récoltes (Solhyën) - Tradition annuelle où, après les moissons, les villages de Solhyën organisent un banquet en plein air sous les Hyëra. On y dresse de longues tables garnies de pains, de fruits et du fameux gâteau au sirop de racines. On boit du cidre de pommeraie, on chante la célèbre chanson “Solhyën, Jardin du Monde” reprise en chœur. C’est lors d’un de ces banquets en 745 que Maëron présenta officiellement Valyan, alors bébé, à la communauté de Liorën, le déclarant son fils adoptif. Un souvenir resté cher aux anciens du village. Le Festival est aussi l’occasion de bénir la terre pour l’année suivante : Maëron ou un autre herboriste trace un cercle d’élixir de croissance autour de l’arbre central en remerciement à la contrée. Cette fête a subsisté même pendant les temps difficiles, quoique plus modeste.
Veillée des Lanternes (Glasmir) - Rite nocturne glasmirien se déroulant au solstice d’été. La Nuit des Lanternes Flottantes consiste à écrire un souhait ou un souvenir sur un papier, le fixer sur une petite lanterne de papier huilé, puis à la déposer sur le fleuve au crépuscule. Des dizaines, parfois des centaines de lanternes s’éloignent doucement en dérivant, illuminant l’eau de points dorés. C’est à la fois un acte de catharsis (on libère ses peines dans le courant) et de communion (chaque lanterne porte un fragment de la vie de la communauté). La Veillée des Lanternes a été suspendue durant les années de guerre (par respect pour les âmes en peine, disait-on, on n’osait plus les déranger). Mais après la victoire, elle a repris avec ferveur.
Chant des Harmonistes - Ce n’est pas un rite à proprement parler mais une tradition orale : La balade héroïque des Cinq Harmonistes d’Asmat. Après la bataille, les bardes de chaque peuple ont composé ensemble ce chant pour honorer ceux qui ont invoqué Élaríon. Il est devenu de coutume, lors des funérailles des alchimistes ou des commémorations de guerre, de faire entonner ce chant par un chœur. Ses paroles en version solhynéenne commencent ainsi : « Cinq astres un soir se sont enlacés / Pour qu’à l’aube encore le monde naisse… ». Le chant alterne les langues de chaque contrée pour chaque couplet, symbolisant l’union (ce qui le rend ardu à mémoriser, seuls les chœurs entraînés le réalisent en entier). À Asmat chaque année on le chante au pied d’un monument où sont gravés les cinq noms des Harmonistes fondateurs. C’est à la fois un hommage et un rappel de la responsabilité qui incombe à la génération suivante : « Souviens-toi d’Élaríon » est une phrase qu’on lit désormais sur certaines arches ou places publiques, incitant à l’unité.
Traversée du Voile (Noctalis) - Rituel quasi obligatoire pour tout étranger souhaitant entrer à Noctalis sans escorte. La tradition exige de passer par un petit étang appelé Miroir des Âmes à l’orée du territoire noctalien. Là, un gardien noctalin ordonne au visiteur : “Traverse ton propre voile”. Le visiteur doit alors s’avancer et plonger son regard dans l’eau phosphorescente du bassin. Il y verra apparaître une vision, souvent une peur ou un désir secret, et devra l’affronter, parfois littéralement, car les illusions de Noctalis peuvent prendre corps. S’il réussit à ne pas succomber à la panique ou à la tentation, le voile brumeux s’ouvrira pour lui, lui permettant l’entrée. En cas d’échec, il sera poliment reconduit hors de la brume (légèrement hébété mais généralement indemne). Ce rite ancien a pour but de garantir que nul ennemi au cœur impur n’entre. Il a été suspendu exceptionnellement lors du conseil de 764 (Arven ayant levé le Voile sans conditions cette fois-là). Les rares marchands réguliers autorisés à Noctalis doivent s’y plier une fois l’an. Ce rituel a inspiré nombre de philosophes, qui y voient une métaphore universelle : connais-toi toi-même et tu pourras aller partout.
Forges Rituelles de Ferrant - À Ferrant, toute forge digne de ce nom n’est pas qu’un atelier : c’est un lieu rituel. Chaque grande famille de forgerons possède une forge ancestrale où résident les esprits du feu de leurs ancêtres. Avant de lancer un travail important (arme de prestige, cloche de temple, etc.), les Ferrantiens organisent la Veillée de la Flamme. Durant cette nuit, on éteint tous les feux de la forge, on nettoie et orne l’âtre de fleurs de soufre séchées et de rubans rouges, puis on rallume le feu sacré à l’aube suivante en chantant un hymne. Ce rite symbolise la renaissance de la flamme pour un but précis, purifié de tout usage passé. Pendant la guerre, les Forges Rituelles ont servi à rassembler les artisans dans la prière pour la victoire. On dit que la Grande Forge de Kav Mekhar vit sa flamme vaciller la nuit précédant Asmat, comme si elle ressentait le destin en jeu, puis, quand les Harmonistes invoquèrent Élaríon, la flamme se serait élevée d’un coup de plusieurs mètres, sans qu’on y ajoutât de combustible. Les forgerons présents jurèrent alors que, victoire ou défaite, ils chanteraient jusqu’à leur dernier souffle pour soutenir les combattants. Et de fait, au moment critique, on entendait dit-on un lointain chœur grave venu de l’ouest : c’étaient les forges de Ferrant, dont les ouvriers frappaient et chantaient à l’unisson pour donner du courage aux vivants. Vrai ou légende, cette histoire est devenue un symbole de solidarité invisible entre ceux de l’arrière et ceux du front.
Contes et Veillées - Si ce n’est un rite formel, c’est du moins une tradition ancrée dans toutes les contrées : les soirées de contes. Après la tombée de la nuit, dans chaque culture, on aime se rassembler (en famille, au village ou en caravane) pour écouter les récits d’antan. À Noctalis, ce sera dans la pénombre d’une clairière avec un conteur chuchotant presque au coin d’un feu couvert pour ne pas rompre l’obscurité ; à Glasmir, sur une barge lanternée dérivant doucement ; à Ferrant, autour d’un brasero ronflant ; à Lysanë, dans les salles communes du temple aux chandelles apaisantes ; à Solhyën, dehors sous un chêne avec des bières de miel qui circulent. Ces veillées permettent de transmettre l’histoire et la morale de génération en génération. C’est lors de ces moments que sont relatés les mythes de création, les farces (par exemple l’histoire du poisson-vrille rusé est très prisée des enfants), les épopées ou les tragédies. Les veillées ont joué un rôle crucial pendant les heures sombres : maintenir la flamme de l’espoir. Dans les caves où se terraient des familles pendant les attaques, il y avait toujours quelqu’un pour murmurer une vieille histoire et occuper les esprits effrayés. Cette tradition perdure, plus vivante que jamais, car désormais on a de nouveaux chapitres héroïques à narrer.
Objets et Artefacts
Les Fioles d’Essence - Objets emblématiques d’Elix, les fioles sont de petits récipients portés autour du cou, contenant les élixirs de contrée. Chaque fiole est unique par sa matière et son style, propre à l’origine de son essence. Ainsi, fiole solhynéenne en verre nervuré d’ambre et de bois (rappelant une gousse végétale), fiole noctalienne en cristal fumé miroitant, fiole glasmirienne en verre pur aux bulles d’air colorées, fiole ferrantine en tube épais cerclé de fer, fiole lysanéenne en flacon élancé gravé de symboles solaires. Ces fioles ne sont pas de simples contenants : on dit qu’elles sont liées à leur porteur. Au fil des années, la fiole se patine de son énergie, et parfois change légèrement de teinte selon l’usage qu’on en fait. Elles sont presque incassables (forgées ou enchantées pour durer des générations). Toutefois, on a vu des fioles se ternir ou se fêler si la contrée elle-même souffre. Kael collectionne les fioles de ses ennemis vaincus dans son bastion, cherchant visiblement à comprendre pourquoi certaines “survivent” loin de leur terre alors que d’autres meurent (ce mystère n’est pas totalement élucidé, possiblement lié à la volonté du porteur). Après chaque bataille, beaucoup de fioles orphelines (dont les porteurs sont morts) sont pieusement ramenées à leurs contrées d’origine, en attendant d’être peut-être attribuées à de nouveaux élus méritants, ce qui serait une pratique nouvelle, issue de la nécessité, car traditionnellement chaque fiole restait dans la famille. Les fioles sont le symbole de l’harmonie d’Elix : un pendentif modeste contenant de quoi changer un destin avec parcimonie.
Lames-Aura - Armes magiques fabriquées en combinant l’art de Ferrant et les essences alchimiques. Une Lame-Aura est généralement une épée (parfois lance ou hache) dans laquelle a été infusée l’essence d’une contrée, lui donnant un halo lumineux caractéristique.
Ces lames sont forgées dans la Forge des Lames, concept repris par Kael dans son bastion, où les Lyskaïrs trempaient des armes standard dans des cuves d’élixir pour les enchanter. Le procédé exact est périlleux car combiner métal et essence peut consumer l’arme ou la briser, produire des lames instables, dangereuses, et parfois autodestructrices.Ces armes ne sont qu’une caricature des vraies Lames-Aura : puissantes mais fragiles, souvent incontrôlables.
Ferrant avait des prototypes (d’épées enflammées, de hallebardes foudroyantes en y joignant un fragment d’orage…), mais ne les utilisa guère avant d’y être contraint.
Cependant les véritables Lames-Aura ne sont pas des armes forgées, mais des manifestations vivantes d’alchimie pure, propres aux Harmonistes.Elles apparaissent lorsqu’un Harmoniste parvient à synchroniser sa volonté avec l’essence contenue dans sa fiole.
L’arme n’est alors ni métal, ni lumière, mais un brouillard métallique condensé qui enveloppe tout l’avant-bras, se prolongeant pour former une arme homogène, changeante, et totalement liée à l’intention de son porteur.
Manifestation
Une brume argentée, comme un métal devenu vapeur.
Elle se condense progressivement jusqu’à former une arme plus ou moins dense.
Aucune garde, aucune poignée : la Lame-Aura est le bras, un prolongement naturel.
Sa longueur, sa densité et sa couleur dépendent de la contrée d’origine du porteur.
Valyan - Lame-Aura Bleue
Son arme apparaît en un mélange bleu-vert, parcouru de veinules lumineuses comme de la sève.
Elle réagit à :
La bravoure,
La protection,
La résolution intérieure.
Sa lame vibre doucement, comme un cœur végétal qui respire.
Kael - Lame-Aura Obscure d’Obscaryon
Son arme est une fumée métallique sombre, striée de rouges ardents, prenant parfois une forme plus tranchante lorsque sa colère augmente.Elle réagit à :
La douleur,
La rage,
La soif de contrôle.
Elle fait entendre un son étouffé, presque organique, lorsqu’elle se densifie.
Armes forgées : une imitation imparfaite
Ferrant a donc imité ces armes en mêlant :
Du métal runique,
Des élixirs,
De l’énergie volatile.
Ce qui distingue les vraies Lames-Aura :
Elles ne peuvent pas être forgées.
Elles ne se cassent jamais (puisqu’elles sont vivantes).
Elles réagissent à l’état émotionnel du porteur.
Elles disparaissent dès que la fiole cesse d’être synchronisée.
Elles ne peuvent être maniées que par ceux dont l’essence est prête à se révéler.
Débat actuel parmi les sages
L’apparition simultanée de la Lame-Aura de Valyan et de celle de Kael rouvre une ancienne controverse.
« Doit-on encourager cette pratique ? »
Car c’est un outil de défense incomparable, une arme de lumière capable de repousser les ténèbres sans détruire.
« Doit-on bannir toute tentative d’en reproduire les fondements ? »
Car les Lames-Aura furent autrefois associées à la Fracture, à l’ambition de manipuler l’essence elle-même.
Le débat reste ouvert, et certains estiment que Valyan et Kael marquent l’aube d’un nouvel âge de l’Alchimie Vivante, tandis que d’autres redoutent qu’ils n’en soient les derniers survivants.
Obscaryon - Matériau et substance ténébreuse créée par Kael, surnommé “verre d’ombre”. Obscaryon se présente comme un cristal noir qui pulse de l’intérieur de veines rougeoyantes, comme si du magma y circulait. C’est une matière extrêmement solide, quasi indestructible par les moyens normaux, que Kael a utilisée pour bâtir des parties de son bastion et forger sa propre Lame-Aura. Obscaryon n’est pas un élément naturel : il résulte d’un sortilège alchimique combinant du verre glasmirien, du métal ferrantin et du Voidemir. En clair, c’est une fusion pervertie de tout ce qu’Elix a de plus précieux, stabilisée par le Néant. Ses propriétés sont sinistres : il absorbe la lumière et la chaleur au lieu de les réfléchir, donnant l’impression qu’il “dévore” l’éclairage alentour. Une torche normale cesse presque de briller en s’en approchant. Ainsi, un donjon construit en Obscaryon baigne dans une obscurité permanente, seulement percée par les lueurs rouges que diffuse le matériau. Sur le plan alchimique, Obscaryon est dangereux : on a constaté que les fioles d’élixir qui restaient à proximité trop longtemps finissaient par se vider ou s’éteindre, comme vampirisées. Kael s’en servait pour stocker les fioles qu’il considérait ratées ou inutiles, les condamnant ainsi.
La plupart des éclats connus ont été fondus par Ferrant dans des feux purifiés (ce qui a donné un simple verre noir inerte). Néanmoins, la prudence est de mise : qui sait s’il n’en reste pas enfoui à Asmat ou dans un coin d’Ordrën… Ce matériau incarne la corruption matérialisée, la volonté de remplacer la création par le néant. Par opposition, certains alchimistes rêvent de trouver son contrepoint de lumière, un “cristal pur” qui ferait l’inverse, mais cela reste théorique.
Grimoires Anciens - Livres et parchemins qui ont traversé les âges, conservés tant bien que mal dans les archives des Hyëra et des temples. Parmi eux se trouvent par exemple : le Codex d’Elix (dont nous lisons une version), recueil multi-contrées de savoir ; le Livre des Étoiles d’Hyëra qui contiendrait une chronologie mythique bien plus longue ; le Manuscrit d’Asclépion (ou Livre des Cent Herbes) volé à Lysanë par un Lyskaïr mais heureusement récupéré intact ; ou encore le Journal de Maëron, chronique simple d’un herboriste qui s’est avérée précieuse pour comprendre l’arrivée de Valyan. Kael, dans sa quête, fouilla de nombreux grimoires : c’est dans l’un d’eux qu’il trouva la mention du Noxarys. Après la guerre, un grand effort a lieu pour recopier et centraliser ces ouvrages épars, afin de ne plus risquer de perdre autant de savoir en cas de destruction d’un lieu. La création d’une Grande Bibliothèque (peut-être à Elyön ou autre lieu neutre) est discutée. Ces grimoires sont les témoins muets du passé.
Artefacts des Contrées - Chaque contrée possède des objets particuliers liés à son essence. Quelques exemples notables : à Lysanë, les Larmes de Lune : de petites perles formées au creux des lys sacrés, utilisées pour amplifier les chants de guérison (Lyriel en portait une sur elle, qui s’est brisée lorsqu’elle est morte, scellant sa chanson pour toujours). À Glasmir, les Miroirs de Parole : de grands miroirs jumeaux permettant de communiquer entre deux lieux (utilisés par les harmonistes avant Asmat). À Ferrant, la Cloche de Kav Mekhar : une cloche forgée dans un alliage secret, que l’on sonne du haut du cratère pour alerter ou célébrer ; elle a retenti d’une note claire à la minute exacte de la victoire finale d’Asmat, alors même que personne n’avait pu prévenir qui que ce soit (ce mystère amuse : les Ferrantiens disent que la cloche a senti la chute du tyran dans les vibrations du monde). À Noctalis, le Voile d’Arven : une cape tissée dans un textile rarissime mêlant crin de licorne nocturne et soie d’araignée géante, qui permet à Arven de se déplacer sans jamais rompre le silence ni être pris dans une illusion reflétée (cette cape est transmise de Gardien en Gardien). À Solhyën, le Sceptre Vert : simple bâton d’un bois millénaire, remis au doyen des herboristes ; il ne confère aucun pouvoir magique direct, mais la tradition veut que planté en terre lors d’une cérémonie, il favorise la fertilité des alentours.
Monuments Commémoratifs - Enfin, n’oublions pas ces artefacts immatériels ou collectifs que sont les monuments récents : stèles, statues, jardins plantés sur les tombes communes. Chaque contrée honore à sa façon les évènements du Premier Âge. Par exemple, une rosace de vitrail est en cours de création à Elyön représentant les cinq Harmonistes entourant Élaríon. Ce vitrail sera unique car confectionné par des maîtres verriers de Glasmir et Ferrant travaillant ensemble avec du verre et du métal alchimique. Tous ces objets et lieux témoignent de la mémoire du monde en train de s’écrire.
Mythes et Contes
(Cette section finale présente, sous forme de courts récits ou extraits, quelques mythes et légendes marquants d’Elix. Parfois embellis, parfois contradictoires, ils offrent un éclairage poétique sur l’histoire et l’âme des contrées.)
Au Commencement, la Révélation
« Ce monde ne fut enfanté ni par les dieux des hauteurs, ni par les abysses du chaos, ni par le trouble du silence, ni par le néant de l’espace infini. Nulle main céleste ne le façonna, nul tumulte originel ne le projeta. Il surgit des courages infimes, comme une respiration discrète entre deux silences, un murmure dans l’infini, une lueur étouffée cherchant la sortie… Pas une naissance, mais une révélation. » - Prologue du Codex d’Elix
Ainsi débute le plus ancien texte conservé, relatant comment l’Existence est née du Néant grâce à une étincelle de volonté. Ce passage est souvent récité lors des veillées de création dans chaque contrée. Il n’attribue la création ni aux dieux ni au chaos, mais aux “courages infimes”. Chaque contrée interprète cela à sa manière : pour Solhyën, ce sont les premières graines osant germer ; pour Noctalis, les premiers rêves osant troubler le silence ; pour Ferrant, les premières braises osant luire dans l’obscurité du vide, etc. Ce mythe fondamental enseigne l’humilité : le monde n’est pas le jeu de caprices divins, il est le fruit de petits courages accumulés. En un sens, il préfigure déjà la philosophie d’Élaríon, l’union des faibles pour accomplir l’impossible. La “Révélation” mentionnée ici est synonyme de l’Émergence du Premier Élixir. moment où l’informe a pris forme, où l’on peut dire que le temps a commencé à s’écouler.
La Légende de la Fracture d’Ordrën
Il existe de nombreuses versions de l’histoire de la Fracture (312 du Premier Âge). Voici le résumé d’un conte populaire, volontiers dramatique, qu’on raconte aux enfants pour les mettre en garde :
« Il était une fois, au centre d’Elix, un royaume prospère appelé Aurdréhna. Ses champs étaient dorés, ses rivières argentées, et son peuple vivait heureux sous un roi forgeron nommé Dürak le Flamboyant. Dürak était brave et aimé, mais il avait un défaut secret : une peur terrible de la mort. Voyant ses cheveux grisonnants, il décida de tromper le destin. Il convoqua en secret les plus grands alchimistes des cinq contrées, leur promettant monts et merveilles s’ils réalisaient pour lui un élixir d’immortalité. Attirés par l’or et la gloire, cinq savants vinrent au palais d’Aurdréhna, chacun portant sa fiole. Durant cinq lunes, ils travaillèrent jour et nuit dans la forge royale, mélangeant goutte après goutte leurs essences dans un grand creuset d’or. Dürak surveillait, l’espoir au cœur.
La sixième nuit, alors que la conjonction des deux lunes se produisait, les alchimistes versèrent la dernière goutte, et un éclair noir jaillit du creuset. Un grondement retentit : c’était la voix du Néant, dérangée dans son sommeil.
« Qui ose combiner ce qui doit rester séparé ? » tonna-t-elle. Avant que quiconque ne puisse fuir, la forge explosa en un maelström de ténèbres. Le palais fut englouti, le sol s’ouvrit en une immense crevasse sous le royaume tout entier. En quelques instants, champs dorés et rivières argentées disparurent dans un abîme sans fond. Quand l’aube se leva, Aurdréhna n’était plus qu’un désert gris et silencieux. Au centre, Dürak pétrifié en statue de cendre tenait encore dans sa main crispée un fragment de creuset d’or, vide. Ainsi naquit Ordrën, le pays brisé, là où l’orgueil d’un seul homme défia l’équilibre d’Elix. »
Ce conte, très imagé, accumule les motifs de la punition divine du hubris. Il n’est pas historiquement exact, et même parfaitement inventé, mais il frappe les esprits. On notera la variation du nom Aurdréhna, écho d’“Ordrën” mais signifiant “Doré” dans certains dialectes, comme pour dire que ce qui était or est devenu plomb (voire rien du tout). Les sages savent que la réalité fut sans doute moins personnalisée, mais l’idée demeure : Ordrën est un péché géographique, le résultat d’une transgression des lois naturelles. La morale finale adressée aux enfants est claire : « Ne cherche pas à tout avoir, ou tu finiras par tout perdre. ».
La Prophétie du Dernier Alchimiste
(Extrait d’un parchemin prophétique anonyme, transmis par tradition orale jusqu’à ce qu’une jeune Lysanéenne nommée Nëlwyn le consigne par écrit avant la seconde guerre.)
« Le dernier alchimiste sera à la fois clarté et ténèbres. Il portera en lui la lumière des cinq et l’ombre du néant. Il sera la fin de tout ce qui existe, ou l’aube sublime qui s’élève. »
Ce court quatrain sibyllin est la prophétie qui a plané sur la fin du Premier Âge
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Le Conte des Lysmènes
(Berceuse de Lysanë, racontée aux enfants craintifs la nuit)
“Ne crains pas la nuit tombée,
De douces ailes vont te porter.
Petits Lysmènes du ciel obscur,
Sur ton épaule posent leur armure.
Ils chasseront tes mauvais rêves,
En chantonnant sous tes cheveux.
Dors, trésor, sans larmes ni fièvre,
Le noir ici est ami des gentils gueux.”
Ce petit poème illustre la bienveillance attribuée aux Lysmènes. On y voit comment la culture lysanéenne transforme même la crainte de l’obscurité en quelque chose de protecteur (le noir ami des gentils). Les Lysmènes, qu’on a décrits plus haut comme de fines créatures duveteuses murmurant des chants, sont ici présentés comme de petits chevaliers (“armure”) veillant sur l’enfant.
Cette comptine est souvent accompagnée d’un geste de la main de la mère ou du père, mimant un Lysmène se posant sur l’épaule de l’enfant.
On l’a entendue chantée doucement dans les camps de réfugiés de Solhyën pour calmer les pleurs.
Une anecdote : un soldat ferrantin blessé à Asmat, recueilli dans un hôpital de Lysanë, raconta avoir entendu cette berceuse la nuit, alors qu’il délirait de douleur, et avoir vu “une petite ombre ailée” sur son lit qui l’apaisa.
Il jure depuis que les Lysmènes existent vraiment. Que ce soit vrai ou la fièvre, ce conte illustre la façon dont les peuples d’Elix transforment leurs espoirs en histoires rassurantes.
Le Sacrifice d’Élaríon - version épique
(Extrait du Chant des Harmonistes, tel que chanté lors des commémorations, style lyrique)
« Cinq étaient unis sur le rempart,
Leurs cœurs en chœur battant écart.
Feu, Eau, Nuit, Terre et Guérison,
Offrant leur âme à l’unisson.
“Élaríon !” crièrent-ils sous les cieux,
Et la lumière jaillit de tous lieux.
Néant pâlit, l’ombre recule,
La vie triomphe en une bulle.
Mais cœurs en chœur se sont éteints,
Emportant la mémoire au lointain.
Gloire à vous, héros célestes,
Votre nom à jamais nous lestes.
Élaríon vit tant qu’on s’en souviendra,
Dans chaque chant, chaque pas. »
Ces quelques vers (traduits du langage poétique commun, chaque contrée ayant une version légèrement adaptée) montrent la tonalité quasi religieuse du Chant des Harmonistes. Il célèbre l’union et le sacrifice.
On peut relever la structure : 5 éléments nommés, l’appel d’Élaríon, la victoire, puis la chute des héros.
Ce chant vise à graver dans la mémoire populaire l’exemple de ces cinq maîtres qui ont tout donné.
On le chante sur une mélodie solennelle, dans un mode mineur qui passe en majeur sur “la vie triomphe”, puis retombe doucement.
C’est devenu une sorte d’hymne officieux d’Elix.
Il unit tout le monde dans l’émotion.
Lorsque des différends politiques surviennent désormais, il suffit parfois que quelqu’un entonne ce chant pour rappeler l’essentiel, et souvent les querelles s’apaisent, au moins le temps d’une strophe partagée dans la même langue du cœur.
Épilogue : L’Histoire sans Fin
Le codex s’achève traditionnellement sur une note ouverte, rappelant que l’histoire d’Elix continue de s’écrire :
« Le scribe referme ici le livre des âges passés, mais déjà l’encre du présent trace de nouvelles lignes sur le vélin du destin. Que ceux qui liront ces chroniques se souviennent des leçons d’hier pour forger un demain plus lumineux. Elix vit tant que vivent le courage, l’amitié et l’équilibre en nos cœurs. À toi qui tiens ce codex, voyageur des âges futurs, va : écris à ton tour la suite, avec sagesse. »