Noctalis
Chapter 13
The City of Veils
La cité des voiles
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Valyan marche derrière Orwyn. Ses pas résonnent dans une nef de brume et de pierre. Le voile s’écarte peu à peu, révélant une cité suspendue comme un songe au creux d’une montagne.
Des passerelles translucides, fines comme des fils de lune, relient des tours de pierre sombre incrustées de cristaux luminescents. Au plafond de la caverne, des milliers de fissures laissent passer des rais d’argent qui tombent en colonnes mouvantes. Ces lueurs se reflètent dans des bassins phosphorescents au sol, projetant des éclats changeants sur les visages des habitants.
La population de Noctalis est étrange. Leurs silhouettes semblent flotter plus qu’elles ne marchent. Leur peau est pâle, presque translucide, parcourue de veinules qui luisent d’une lumière argentée. Leurs yeux, comme des miroirs liquides, reflètent ceux qui les regardent, donnant l’impression qu’ils voient jusqu’au fond des pensées. Leurs fioles, suspendues à leur cou, ne contiennent pas de liquide, mais une brume mouvante qui se densifie ou s’éclaircit au gré de leurs émotions.
Valyan sent leurs regards peser sur lui. Mais personne ne parle. Les Noctalins observent en silence, comme si chaque geste était une énigme à résoudre.
« Ils n’ont jamais été attaqués par Kael ? » murmure Valyan, encore troublé par tant de calme après l’horreur de Solhyën.
Orwyn hoche la tête.
« Kael n’a jamais su briser leurs défenses. Noctalis n’a pas d’armée, mais son voile protège la cité mieux que n’importe quelle muraille. »
Valyan fronce les sourcils.
« Un voile ? »
Orwyn désigne l’air qui tremble au-dessus des passerelles.
« Chaque étranger qui franchit les brumes de cette contrée voit ses propres peurs prendre forme. Beaucoup s’égarent, certains se détruisent eux-mêmes. Même les Corgors ne s’y aventurent pas. Ils craignent d’être dévorés par leurs propres ombres. »
Valyan se tait. Il pense à son échec lors du bassin, à l’ombre qu’il a affrontée. Une sueur froide lui traverse l’échine.
« Alors pourquoi ai-je pu entrer ? » souffle-t-il.
Orwyn le fixe longuement.
« Parce que le voile t’a reconnu. Il ne t’a pas épargné… mais il t’a laissé passer. Cela suffit. »
Ils s’engagent dans un corridor creusé directement dans la pierre sombre. Des torches de cristal luminescent y brillent doucement. Au bout, une grande porte de racines pétrifiées s’ouvre lentement.
Derrière, une vaste salle circulaire s’étend, bordée de hautes colonnes sculptées de runes mouvantes. Au centre, un bassin d’eau argentée reflète la voûte comme un ciel inversé. Autour de ce bassin, des sièges de pierre disposés en cercle.
Des silhouettes sont déjà présentes. Guerriers en armures ferrantes, mages drapés des voiles de Glasmir, guérisseurs de Lysanë aux fioles ternies mais encore vives. Tous murmurent, leurs voix résonnant étrangement dans l’acoustique de la caverne.
Sur l’estrade du fond, une figure se lève. Un homme grand, vêtu d’une tunique d’ombre et de lumière mêlées. Sa peau est encore plus pâle que celle des autres Noctalins, ses yeux d’argent brillent comme deux lunes jumelles.
Orwyn incline la tête.
« Voici Arven, Seigneur de Noctalis. Gardien des Voiles. »
Le silence tombe. Les murmures cessent.
Arven s’avance, sa voix résonnant comme un écho à plusieurs timbres.
« Sois le bienvenu, Valyan de Solhyën. Toi que le voile a choisi de laisser entrer. »
Le Seigneur de Noctalis est grand, élancé, vêtu d’une tunique d’ombre et de lumière entremêlées, un tissu qui semble changer de forme à chaque mouvement.
Ses cheveux, d’un argent pâle, tombent jusqu’à ses épaules. Sa peau est presque translucide, parcourue de filaments lumineux qui battent au rythme de son cœur.
Ses yeux sont d’un blanc opalin, opaques comme du verre dépoli. Pourtant, dans leur surface trouble, Valyan croit voir passer des reflets mouvants : ses propres doutes, ses propres peurs, comme si Arven les faisait naître dans son regard.
Quand il parle, sa voix raisonne en un écho à plusieurs timbres, grave et clair à la fois, comme si mille personnes murmuraient derrière lui.
« Tu as franchi le voile, Valyan. Peu y parviennent. Peu en ressortent. Cela fait de toi un être que nous ne pouvons ignorer. »
Valyan baisse la tête, mal à l’aise. Sa fiole pulse contre sa poitrine, plus fort à chaque mot.
Arven s’arrête devant lui, le contemple longuement, puis lui lance un sourire à peine esquissé.
« Le voile ne choisit pas à la légère. Il t’a montré ce que tu refuses encore d’admettre. »
Valyan fronce les sourcils.
« Je n’ai vu qu’une ombre… une lame qui voulait me briser. »
Arven incline la tête, comme si cette réponse le divertissait.
« L’ombre n’est jamais qu’un reflet. Et un reflet ne naît que d’une lumière. »
Un murmure parcourt les Noctalins, comme un souffle collectif. Certains baissent les yeux, d’autres hochent imperceptiblement la tête.
Orwyn, resté à l’écart, observe la scène en silence. Ses traits durs ne trahissent rien, mais ses mains crispées sur son bâton montrent qu’il guette chaque mot.
Arven s’éloigne de Valyan, se tourne vers le cercle des guerriers et des sages rassemblés. Son regard glisse sur les délégations venues des contrées :
Les guerriers de Ferrant, lourds en armures sombres, le visage fermé.
Les mages de Glasmir, aux voiles translucides, leurs yeux toujours en mouvement comme s’ils voyaient plus qu’une seule réalité.
Les guérisseurs de Lysanë, affaiblis, mais dont les fioles ternies brûlent encore faiblement.
Tous sont venus chercher une réponse dans ce sanctuaire de brume.
Le Seigneur de Noctalis lève la main. Son geste seul suffit à imposer le silence.
« Ce soir, pour la première fois depuis Asmat, toutes les contrées se retrouvent ici. Le voile vous a laissés entrer. C’est qu’il est temps. Le monde d’Elix chancelle, et ce jeune homme en est la clef. »
Valyan, cette fois, ne peut plus détourner le regard. Il se sent scruté, sondé, comme si Arven avait ouvert son cœur en deux pour en lire les pages.
Un frisson le parcourt. Il se demande si Arven est un allié… ou une autre cage tissée d’ombres et de songes.
Le bassin central miroite, projetant des reflets étincelants sur les visages des guerriers et des mages. Le silence est si dense qu’on n’entend que le goutte-à-goutte des voûtes.
Arven lève la main. Sa voix résonne comme un écho.
« Elix chancelle. Kael dévore nos contrées une à une. Solhyën est tombée, et son souffle nourrit déjà l’ombre. Nous sommes réunis ici parce que le voile a choisi de vous laisser entrer. Parlez, afin que la vérité se dessine. »
Keryn, capitaine de Ferrant, se lève, imposant, vêtu d’une lourde armure.
« Nos murailles tiennent. Nos forges brûlent encore. Nous n’avons pas besoin d’illusions ou de songes. Mais si Kael étend son ombre sur tout Elix, il n’y aura plus de fer à battre ni de murs à défendre. Alors dites-nous ce que vous proposez. »
À ses côtés, Teyra, la forgeronne, ajoute :
« J’ai entendu dire qu’une Lame-Aura a brillé à Solhyën. Si elle existe encore… alors peut-être ce garçon n’est pas si inutile après tout. »
Lyssandra, mage des voiles, s’avance, ses yeux voilés d’éclats mouvants.
« Kael ne détruit pas pour le plaisir. Il cherche le Premier Élixir, l’Originel. Car c’est là que réside la mémoire du monde. Chaque chose détruite par les fioles s’y rassemble. Chaque âme engloutie y demeure. »
Un frisson parcourt l’assemblée. Valyan sent sa gorge se serrer.
Dorian, son compagnon glasmirien, éclate d’un rire sec :
« Alors, quoi ? Nous devrions remettre notre sort entre les mains d’un si jeune homme qui tremble devant ses propres ombres ? Laissez-le jouer au héros, et nous serons tous balayés. »
Serayn, guérisseur épuisé mais fière, se lève à son tour.
« Mon peuple est déjà tombé. Nos fioles se sont ternies. Mais si l’Originel peut nous rendre nos terres, nos familles, alors je suivrai ce garçon jusqu’au bout des ténèbres. »
Baelor, son compatriote à demi corrompu, rit froidement.
« Ou peut-être Kael a-t-il raison. Dans le monde qu’il prépare, il n’y aura plus ni faim, ni guerre, ni peur. Pourquoi résister, si l’ombre nous promet la paix ? »
Des cris éclatent. Les Ferrantiens grondent, les Glasmiriens protestent. Les guérisseurs compatissent. Arven lève la main, et le silence retombe comme une chape.
Orwyn s’avance enfin. Son bâton frappe le sol de pierre. Sa voix résonne, ferme :
« Vous parlez de Kael comme d’un bâtisseur. Mais ce qu’il veut, ce n’est pas recréer Elix. Ce qu’il veut, c’est arracher une seule âme à l’Originel : celle de sa femme perdue. Pour cela, il sacrifiera tout le reste. »
Il fait un pas vers le bassin, et poursuit :
« L’Originel est gardé en Ordren, au fond du Puits. Là où s’accumulent toute la mémoire, l’information et la conscience des choses détruites par les élixirs : arbres calcinés, cités effondrées, peuples entiers. Même Solhyën y tombe déjà, racine après racine. En y plongeant son élixir, Valyan peut faire renaître ce qui a été perdu.
Mais ce pouvoir est instable, dangereux : Tout peut revenir, y compris les malédictions, la corruption, les guerres passées. »
Les yeux de Valyan s’écarquillent. Il murmure presque malgré lui :
« Le Puits… »
Orwyn acquiesce.
« Si Kael s’en empare, il façonnera Elix à son image, et son ombre recouvrira tout. Il veut s’approprier l’Originel pour ramener une seule personne des griffes du néant : sa femme. Mais pour l’isoler dans la masse infinie des âmes, il doit réécrire l’équilibre du monde entier. Sa quête est égoïste et nous mènerait tous à notre perte car pour sauver une vie… il condamne toutes les autres, y compris les âmes encore vivantes. »
Il marque une pause. Son regard balaye l’assemblée.
« Valyan peut restaurer les contrées détruites y compris l’Ordren, et définitivement mettre Kael à genou. Mais aucune âme ne doit jamais renaître. Cet espoir doit être ici balayé pour toujours ou nous périrons tous. Après avoir réveillé le Puits, il faudra le détruire. »
Un silence glacé. Puis les réactions fusent :
Les Ferrantiens murmurent qu’ils préféreraient la destruction pure et simple du puit car leur confiance en Valyan est infime.
Les Glasmiriens s’interrogent sur la possibilité de recréer un monde “faux”.
Les Lysanëens supplient que leur contrée soit ramenée et guérit du mal.
Baelor sourit, convaincu que Kael viendra en personne revendiquer ce pouvoir.
Enfin, Arven reprend la parole. Sa voix résonne comme un millier de murmures à l’unisson :
« Alors la quête est simple. Réveiller. Recréer. Détruire. Chaque contrée d’Elix détient un fragment de l’équilibre premier, scellé dans son élixir originel.
La nuit de Noctalis, qui voile et protège.
Les reflets de Glasmir, miroirs de vérité et d’illusion.
La flamme de Ferrant, qui forge et consume.
L’éclat d’Aurélys de Lysanë, lumière guérisseuse des âmes et des corps.
Et la sève-source de Solhyën, vitalité du monde, bien qu’elle soit désormais souillée.
Pour réveiller ton pouvoir avant de rejoindre le puit, Valyan, tu devras traverser chacune de ces terres et rallumer leurs essences. Sans elles, l’Ordren t’engloutira avant même que tu n’atteignes le cœur du Néant.
Pourquoi ne pas lui transmettre directement les fragments si vous savez où ils se trouvent ? lança Baelor.
Les fragments ne sont pas de simples pierres à transmettre, ni des fioles à échanger. Ils ne sont pas transportables. Ils sont le souffle même de leurs terres. »
Il marque une pause, ses yeux parcourant les délégations.
« La nuit de Noctalis n’existe que sous ses voiles. Les reflets de Glasmir ne se révèlent que dans ses lacs miroitants. La flamme de Ferrant ne brûle que dans ses forges vivantes. L’éclat d’Aurélys de Lysanë ne se manifeste que dans la lumière qui soigne ses enfants. Et la sève-source de Solhyën, même corrompue, reste liée à ses racines déchues. »
Son regard se durcit.
« Pour que ces fragments rejoignent l’Originel, il ne suffit pas de les arracher à leur terre : il faut qu’ils se donnent. Et une essence ne se donne qu’à celui qu’elle reconnaît. »
Un murmure parcourt la salle. Les Ferrantiens froncent les sourcils, les Glasmiriens échangent un regard troublé.
« Voilà pourquoi Valyan doit traverser chaque contrée. Non pour prendre, mais pour rallumer ce qui s’y éteint. Chaque fragment le jugera. Chaque terre éprouvera sa force, son courage, sa vérité. Car nul ne peut porter la mémoire du monde s’il n’a pas été éprouvé par toutes ses facettes. »
Il lève son bâton vers le bassin argenté, dont les reflets illuminent la voûte.
« Si vous déposiez ces fragments devant lui, ici et maintenant, ils se briseraient en poussière. Car sans le voyage, sans l’épreuve, Valyan ne serait pas reconnu par l’Originel. Il doit être plus qu’un porteur : il doit devenir l’écho du monde entier. »
Un bruissement parcourt soudain la salle.
Les Noctalins se lèvent comme un seul homme, les yeux rivés vers l’entrée.
Valyan se retourne.
Dans la brume qui s’insinue sous la grande porte, une silhouette gracile apparaît. Un renard doré, translucide, avance d’un pas silencieux. Chaque fois que ses pattes touchent le sol, de petites fleurs blanches s’ouvrent aussitôt, comme des éclats de lune.
Un chant s’élève, cristallin, flottant entre les colonnes. Les guerriers de Ferrant reculent, troublés. Les mages de Glasmir murmurent :
« Un Luthien… »
Le cœur de Valyan s’emballe. Il reconnaît son ami. Il l’a suivi depuis Solhyën malgré la guerre et le danger.
Le Luthien incline la tête vers lui, se pose docilement à ses pieds, ses yeux dorés brillant d’une douceur malicieuse.
Arven esquisse un sourire énigmatique.
« Alors il en est bien ainsi. Tu n’iras pas seul, Valyan. Le Luthien t’accompagne. Et son chant sera le lien qui unira les fragments. »
Arven se lève de son siège d’ombre et de lumière, son regard opalin glissant sur l’assemblée.
« Valyan ne peut affronter seul les terres d’Elix. Chaque contrée doit être représentée. Chaque fragment doit être accompagné de ses enfants. C’est ainsi que le monde saura s’il mérite d’être recréé. »
Un murmure parcourt la salle. Les yeux se tournent vers les délégués.
Keryn, le capitaine de Ferrant, se lève, ses plaques d’armure cognent comme des tambours.
« Ferrant ne croit pas aux prophéties. Mais si le Puits existe vraiment, alors il peut tout consumer. Je marcherai avec vous pour m’assurer que cette folie ne détruise pas le fer de mon peuple. »
À ses côtés, Teyra la forgeronne pose une main calleuse sur son marteau.
« Moi, je veux voir renaître la Lame-Aura. Si ce garçon peut l’éveiller à nouveau, je marcherai à ses côtés. »
Lyssandra, drapée de voiles translucides, incline la tête.
« Les reflets nous ont déjà montré son visage. Nous savons qu’il est l’écho du monde. Je viendrai. »
Dorian ricane, un pli amer au coin des lèvres.
« Un écho… ou un mirage ? Je ne vous laisserai pas plonger nos songes dans les mains d’un enfant. Si voyage il y a, je serai là pour révéler la vérité des reflets… et pour montrer à tous ce que cache réellement ce garçon. »
Serayn, épuisée mais debout, s’avance, ses yeux brillants d’une flamme fragile.
« Lysanë n’a plus de force, mais elle a encore l’espoir. Je viendrai. »
Un rire froid résonne. Baelor dévoile ses dents noircies.
« Si Kael doit nous rattraper, autant que je sois là pour l’accueillir. Peut-être découvrirez-vous qu’il n’est pas l’ennemi tant redouté. Je serai présent lorsque la vérité éclatera »
Les Ferrantiens protestent sur la venue de Baelor, mais Arven impose le silence d’un geste.
Des voiles s’écartent, révélant un Noctalin silencieux. Sa silhouette est fine, ses yeux laiteux. Il ne parle pas, mais incline lentement la tête. Arven le désigne.
« Il s’appelle Silme. Il sera vos yeux dans la brume. Le Voile l’a choisi pour témoigner. »
Un souffle parcourt soudain la salle.
« Ainsi la Compagnie est formée. Ferrant, Glasmir, Lysanë, Noctalis, Solhyën par son dernier fils… et le Luthien, mémoire du monde. »
Il baisse les yeux vers Valyan.
« Pars maintenant. Chaque contrée t’attend. Chaque fragment te jugera. Traverse-les toutes, ou Ordren t’engloutira, et nous avec. »
Valyan ravale sa crainte et encaisse avec courage le couperet qui vient de tomber.
La salle s’est vidée, les voix des Sages ne résonnent plus que comme un écho lointain.
Valyan reste seul près d’une arche translucide, les mains serrées sur la rambarde froide.
Les brumes argentées de Noctalis se déploient sous ses yeux, mouvantes, insaisissables.
Il ferme les paupières. Aussitôt, deux visages surgissent : celui de Nëlwyn, séparée de lui dans le tumulte de Solhyën, et celui de Maëron, enchaîné, englouti par les ombres.
Son cœur se serre.
« Où êtes-vous… » songe-t-il, les lèvres tremblantes.
Nëlwyn, sa lumière. Maëron, sa racine. Les deux absents forment une plaie béante dans son âme.
Une brûlure pulse dans sa fiole. Elle bat au même rythme que ses pensées.
« Je n’ai pas le droit de m’effondrer. »
Il relève la tête, fixant le voile mouvant comme on défie un ennemi invisible.
« Tant qu’il me reste un souffle, je marcherai pour eux. »
Dans la solitude argentée du temple de Noctalis, une résolution se forge.
Le cercle est créé, la compagnie se rassemble. Mais pour Valyan, la véritable raison de continuer n’a jamais été plus claire : retrouver ceux qu’il a perdus.